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Interview de Marguerite Altet, professeure des universités

Le métier se construit par l’expérience, la mutualisation et l’analyse de pratiques

samedi 20 janvier 2007, par classedu

- Marguerite Altet, professeur des universités en sciences de l’éducation, directrice de l’IUFM des Pays de la Loire, vice-présidente de la conférence des directeurs IUFM.
- Les seules actions de formation continue efficaces sont des formations-action, réflexives, définies à partir des besoins, de la demande et pas à partir d’offres pré-établies.

- Quelle place et quel rôle doit tenir la formation continue dans la formation des enseignants aujourd’hui

On n’apprend pas la complexité du métier d’enseignant en formation initiale seulement, ce n’est qu’un début d’une formation continuée qui doit viser le développement professionnel des enseignants. La formation continue est indispensable parce que l’exercice du métier évolue en permanence, aussi bien les publics que les contextes, les attentes des parents et des élèves par rapport à l’enseignement. La recherche aussi nous apporte sans cesse de nouveaux éléments de compréhension de ce qui fait la complexité d’enseigner. Face aux mutations, les enseignants ont à s’adapter en permanence et ont besoin de formation continue.

- A propos de réinvestissement dans la pratique précisément, vous plaidez pour une formation « professionnalisante ». De quoi s’agit-il ?

Une formation professionnalisante est une formation qui a une vraie finalité pratique. Ancrée sur les situations professionnelles, elle développe les compétences nécessaires à l’exercice du métier. Elle s’appuie aussi sur des apports théoriques qui répondent aux besoins pratiques et permettent l’appropriation de savoirs professionnels qu’ils soient disciplinaires, didactiques, pédagogiques, mais aussi de nouveaux savoir-faire : gestes professionnels, savoir-être adaptés. On voit les difficultés rencontrés face aux publics des banlieues actuellement. Sans arrêt, les enseignants ont besoin de nouveaux savoirs et surtout d’approfondir leurs manières de mobiliser ces savoirs à bon escient dans l’exercice du métier pour mieux s’adapter. Le métier se construit par l’expérience, la mutualisation et l’analyse de pratiques, c’est ce que la formation continue peut apporter.

- Les formations dites de proximité sont-elles une réponse à cela ?

- Oui, bien sûr. Toutes les recherches montrent que les formations informative, modélisante n’apportent pas grand chose. Les seules actions de formation continue efficaces sont des formations-action, réflexives, définies à partir des besoins, de la demande et pas à partir d’offres pré-établies. Les formations de proximité ont un réel impact sur l’action, s’il y a, après une mise en œuvre dans l’école. De plus, il est nécessaire de construire une véritable culture de coopération, un habitas de travail collectif en équipe. La notion de projet d’école est fondamentale pour le métier d’enseignant. On le voit bien pour les zep. Il faut développer davantage cette culture commune de l’exercice professionnel par des dispositifs de co-formation autour des pratiques réelles et pas autour d’idéaux de pratiques.

- Les solutions aux difficultés des élèves se trouvent dans l’activité de ta classe. Comment la formation continue peut-elle préparer l’enseignant à exercer son métier en pleine responsabilité et autonomie ?

Je partage l’idée que les solutions ne peuvent être trouvées que dans la classe justement par des échanges avec différentes catégories d’enseignants, avec par exemple des chercheurs. La recherche action où chercheurs et enseignants dans leur classe essaient de réfléchir à de nouvelles solutions me semble fondamentale. En agissant sur certains facteurs, par des innovations que l’on peut évaluer avec l’apport du regard extérieur des chercheurs les enseignants peuvent mieux théoriser les pratiques, les faire évoluer. Ce travail de recherche collaboratif est essentiel pour l’autonomie et la responsabilité de l’enseignant.

- Quel rôle les IUFM peuvent-ils jouer dans la formation continue ?

La formation continue est l’une des missions des IUFM. Les formateurs IUFM sont des experts qui travaillent à l’articulation entre les différents champs de savoirs qui constituent la connaissance professionnelle de l’enseignant. Cette expertise construite au fil des années aide les enseignants à réfléchir autrement sur des situations dont ils n’arrivent pas à sortir seuls. La recherche en éducation reste très peu développée en France. Son apport reste essentiel. Qui mieux que les formateurs d’IUFM, les enseignants chercheurs des IUFM et des universités peuvent la construire. C’est un travail de collaboration entre l’enseignant qui pose ses questions de pratiques et le chercheur qui travaille avec lui à les résoudre en apportant des outils de lecture théoriques différents. Les universités sont peu présentes dans la formation continue des enseignants. L’intégration des IUFM à l’université peut être le moyen de les rendre plus présentes par les apports de recherche, en collaboration avec les IUFM.

P.-S.

Interview parue dans Fenêtres sur cours, snuipp.fr

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