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Entretien avec Laurence JANOT-BERGUGNAT

Porter une attention particulière aux éléments générant du stress

dimanche 20 avril 2008, par classedu

- Le stress enseignant est un thème qui est de plus en plus présent Est-ce à dire que le phénomène est nouveau ?

A proprement parler non. La nouveauté, c’est que nous disposons sur le sujet d’études scientifiques récentes qui nous permettent d’identifier les spécificités du stress enseignant. Les recherches notent une certaine détérioration des conditions d’exercice du métier et un moral plutôt en berne que l’on retrouve d’ailleurs dans bien d’autres pays. Au final, comme tous les métiers à forte implication relationnelle, les enseignants se trouvent aujourd’hui confrontés à des situations générant du stress telles que les conflits entre collègues, avec les parents, avec les élèves ou avec la hiérarchie.

- Existe-t-il des sources de stress plus spécifiques au métier d’enseignant ?

Les enseignants ont le sentiment de ne pas être reconnus par la société et d’être peu ou mal soutenus par leur hiérarchie. Ils ressentent également une usure en conséquence du rythme et des activités de leur travail. Au quotidien et sur un temps très court, ils sont amenés à effectuer une multitude de gestes et d’opérations : écouter, répondre, se déplacer, écrire, gérer le groupe, maintenir sa dynamique tout en étant attentifs aux individus, et notamment ceux en difficultés ou ceux qui sont apathiques ou agités. Enfin, la pression est accrue par les changements que connaît actuellement le système éducatif. A travers une succession de réformes, il est demandé aux enseignants de s’adapter rapidement et de déployer tous leurs efforts pour des objectifs vécus comme des injonctions parfois contradictoires et ambiguës : gérer les demandes du groupe classe et des enfants à besoins particuliers, intégrer de nouvelles missions comme les TICE, l’EDD avec moins de temps et de formation.

- Quels sont les effets de ce malaise sur le climat de la classe et la réussite des élèves ?

Une étude met en évidence que plus les enseignants ressentent du stress et plus ils ont tendance à signaler des enfants en difficulté, cette notion devenant ainsi totalement subjective. D’autres recherches montrent que l’un des symptômes de l’épuisement professionnel est de dépersonnaliser la relation à l’élève, et cela peut passer par des attitudes de rejet, de mise à l’écart, voir d’humiliation ; c’est une stratégie de survie pour continuer à effectuer son travail ; ces enseignants ont besoin d’une prise en charge thérapeutique. Enfin, on note aussi que le stress produit de la part des enseignants des mises en place de statégies inefficaces qui vont en fait augmenter la source de stress.

- Quelles réponses apporter aux enseignants sur le terrain ?

Concrètement, dans sa classe, il faut permettre à l’enseignant, par le biais de la formation, de développer à la fois ses ressources personnelles et professionnelles. Par personnel, j’entends ce qui concerne le travail sur soi tel que connaître ses limites, ses faiblesses, apprendre à développer de bonnes stratégies et prendre les meilleures décisions possibles face aux situations difficiles... On considère trop l’enseignant comme un technicien sans penser à toute la dimension émotionnelle qu’impliqué une relation aux autres. Mais, il doit aussi renforcer son expertise professionnelle. Les ateliers d’analyse de pratique offrent un cadre efficace pour trouver collectivement des réponses aux difficultés rencontrées au sein d’une école. Il est essentiel d’offrir aux enseignants des opportunités de travailler autrement, un meilleur équilibre entre travail dans la classe et partage avec l’équipe, un déroulement de carrière attractif, la création de nouveaux métiers...

- Ces seules dimensions sont-elles suffisantes ?

Non, car une bonne partie du stress trouve aussi son origine dans les mutations actuelles du système éducatif et de la société. Ce sont des périodes toujours vécues comme douloureuses, créant alors de l’anxiété, de la résistance ou du surinvestissement. Tout changement a un coût parce que les enseignants doivent développer des ressources individuelles et collectives pour y faire face. Réussir la transformation des pratiques, participer à l’évolution d’un métier qui aille dans le sens d’une meilleure réussite des élèves nécessitent alors que l’on porte une attention particulière aux personnels. Ils doivent avoir la sensation positive d’avoir un défi à relever en étant soutenus et accompagnés au plus près de leur travail réel. Il convient pour cela d’engager une formation des cadres de l’éducation nationale au sujet des ressources humaines et professionnelles, de développer l’accompagnement des projets, et de favoriser l’autonomie des enseignants dans le cadre de l’exercice de leur métier.

P.-S.

Propos recueillis par Sébastien Sihr pour Fenêtres sur cours, SNUIPP www.snuipp.fr

Laurence JANOT-BERGUGNAT est Maître de conférences en sciences de l’éducation à l’IUFM d’Aquitaine (université Bordeaux 4). Elle vient de publier « Le stress des enseignants » Ed Armand Colin

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