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Gaël Pasquier : Danser pour déjouer des discriminations !

mardi 20 novembre 2018, par classedu

Des garçons plus interrogés par les enseignantes et les enseignants que les filles, qui s’imposent dans les cours de récréation, mais des filles qui réussissent mieux que les garçons sans parvenir à transformer cet avantage dans le monde du travail. Quelques jalons parmi d’autres posés par Gaël Pasquier (Espe de Créteil) lors de l’Université d’automne du Snuipp le 20 octobre. Bien que des textes y encouragent, l’école travaille peu ces questions. Pour autant, des PE (Profs des écoles) tentent de placer comme objectif la question de l’égalité des sexes et des sexualités. Que produit leur travail quand on sait la complexité des processus de discrimination ? Les discriminations sont le fruit de processus complexes et se mettent en place bien souvent sans que les PE en aient conscience. Que se passe-t-il dans la classe ? Leur action produit-elle mécaniquement de l’égalité ? A partir d’entretiens, le chercheur a tenté de répondre à ces interrogations.

Danser pour remettre en cause les stéréotypes de sexe

L’enseignement de la danse, qu’un certain nombre d’enseignantes et d’enseignants programment explicitement pour « remettre en cause les stéréotypes de sexe », est éclairant. L’un d’eux explique : « j’y connaissais rien, mais c’est bien pour les garçons ». Il s’agit d’ « ouvrir les possibles, de permettre aux garçons de s’épanouir ». La mise en œuvre est pensée pour les garçons. Et parce que les filles sont supposées davantage apprécier cette activité, on ne s’intéresse plus vraiment à elles ; alors même que l’inverse n’est pas vrai dans le cadre de la pratique des sports collectifs. Et pour tenter de s’éviter réactions de rejet ou moqueries de la part des garçons, les PE vont modifier l’habillage de la tâche. Ils ne parleront pas de danse mais de chorégraphie ou d’expression corporelle. Ils pourront mettre en avant les aspects gymniques ou théâtraux, plus collectifs, au détriment d’aspects plus sensibles, expressifs et émotionnels.

(...)

Des effets parfois paradoxaux

Malgré les précautions prises par les PE, des réactions hostiles de certains garçons, qui se mettent parfois en retrait de l’activité, nécessitent des temps de négociations importants. Du fait de cette attention plus forte à l’égard des garçons, eux sont vécus comme individus, quand les filles sont vues comme une catégorie, un peu en retrait. Pour éviter que l’activité ne dérape, les PE sont amenés parfois à tordre leurs objectifs d’apprentissage, à en rabattre, en acceptant que des garçons se mettent en retrait de l’activité, en négociant quand des garçons refusent de danser du « R’n’B », style associé aux filles, pour se cantonner à d’autres identifiés comme très masculin comme le « Hip hop ». Le problème du manque de connaissance de l’activité par les PE, peut les voir balloter par les propositions que les garçons veulent leur imposer, et détourner les objectifs d’apprentissage. Les actions mises en œuvre pour déjouer les inégalités peuvent donc parfois produire des effets en apparence paradoxaux. Des inégalités peuvent réapparaître alors qu’on s’y attend le moins, entre les sexes et les sexualités, ou des inégalités liées à leur enchevêtrement avec d’autres systèmes de domination. Les réactions hostiles de certains garçons sont en effet bien réelles mais tout est fait, de manière bien involontaire, pour faciliter leur prise de pouvoir dans la classe ; alors même qu’à d’autres moments, ces mêmes PE sont très attentifs à l’éviter. Tellement concentrés sur les stéréotypes de sexe, les PE négligent la manière dont ceux-ci s’articulent aux inégalités.

Gaël Pasquier suggère pour y remédier d’associer les élèves à l’analyse de ce qui est en train de se passer et du fonctionnement des rapports de pouvoir dans la classe, qui permet aussi de les responsabiliser. Une stratégie déjà éprouvée par certains PE pour travailler sur une répartition égalitaire de la prise de parole, basée sur la réalité d’échanges enregistrés entre élèves.

Voir en ligne : Gaël Pasquier : Danser pour déjouer des discriminations !

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