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Le 22/08/2018 par Flavien Bazenet, Valérie Fernandez, Thomas Houy

Pourquoi les MOOC ne tiennent pas leurs promesses

vendredi 7 septembre 2018, par classedu

S’ils ont suscités un grand nombre d’espoirs à leur apparition, les cours en ligne ouverts et massifs peinent à convaincre. Pourtant, l’éducation ne pourra pas faire l’économie de sa transformation numérique. La transformation numérique du secteur de l’éducation se fait attendre. La plupart des initiatives digitales visant à compléter ou à substituer les enseignements traditionnels par des cours en ligne restent expérimentales. Elles peinent en réalité à établir la preuve formelle de leur intérêt pour l’ensemble des acteurs impliqués de l’écosystème : apprenants, professeurs et institutions d’enseignement supérieur. Elles passent donc rarement à l’échelle. Les cours en ligne, ou MOOC, peuvent ainsi apparaître comme une promesse non tenue. Face à cet échec manifeste, il convient de s’interroger sur les erreurs commises pour comprendre comment sortir de cette situation.

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Or, les études réalisées sur les données des plateformes leaders du secteur comme Coursera, EdX et Udacity, menées par des chercheurs de l’université catholique de Louvain, par le professeur Terry Anderson, de l’université d’Athabasca, au Canada, et par un groupe de chercheurs international, avancent un taux de rétention moyen compris entre 5% et 10%. Cette donnée n’est pas parfaite mais elle révèle a minima que les MOOC ne sont pas des produits capables de retenir l’attention des apprenants sur la durée prévue des cours en ligne.

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Par ailleurs, certaines enquêtes réalisées sur les apprenants ayant suivi des MOOC jusqu’à la fin montrent que la moitié d’entre eux n’ont pas l’impression d’avoir acquis les savoirs qu’ils venaient chercher initialement. Un doute subsiste donc sur la capacité des MOOC à être des véhicules pédagogiques adaptés pour faire passer des savoirs complexes. Mais comment pourrait-il en être autrement compte tenu du design actuel des MOOC ?

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Le défaut originel des MOOC est qu’ils sont pensés comme des produits appartenant au monde académique. Pire, ils sont presque toujours conçus par le monde académique. Cette caractéristique devrait être remise en cause car elle conduit à la production de dispositifs de qualité basse.

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Les contours du nouveau paradigme dans lequel il conviendrait de penser la conception des MOOC devraient être un sujet d’attention majeur pour l’ensemble de la communauté des acteurs de l’éducation, voire de la formation au sens large (en incluant les professionnels de la formation continue). Un grand nombre de questions émergeraient alors et mériteraient d’être approfondies.

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Comment créer des MOOC attractifs sans dégrader la qualité des contenus échangés ? L’attention d’un internaute s’obtient parfois au prix de la vulgarisation d’un propos et/ou d’une mise en forme originale. Mais cette simplification ou cet habillage inédit peuvent contrevenir à la justesse d’un propos, si essentielle en matière d’enseignement. Des formes de compromis pourraient alors surgir. Mais sous quelles formes et selon quelles modalités ?

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Les producteurs de contenu devront prendre en considération la spécificité des contenus véhiculés dans les vidéos. Ils pourraient réfléchir à de nouveaux formats. Ils pourraient aussi privilégier des mises en forme et en image encore inexplorées comme l’interactivité, l’immersion, l’utilisation de nouvelles formes de réalité, augmentée ou virtuelle, ou d’IA pour s’adapter en temps réel au comportement de l’apprenant.

La création de ces nouveaux cours en ligne pourrait générer des rentes nouvelles qu’il conviendra de répartir entre tous les acteurs impliqués. La tentation pourrait être grande pour les producteurs de s’approprier la paternité du produit créé. Ils pourraient revendiquer la propriété des images et de la mise en forme. Les enseignants pourraient, de leur côté, faire valoir une propriété exclusive sur le contenu (au titre du droit d’auteur). Le modèle économique des universités privées pourrait aussi être remis en question. Lorsque les apprenants regarderont un cours en ligne, valoriseront-ils le label de l’université qui le soutient ou celui de l’enseignant qui le porte ? Par analogie avec les phénomènes de longue traîne sur le marché de la musique, certains enseignants, accompagnés de sociétés de production, pourraient devenir des marques et attirer les apprenants avec leurs seuls noms. Autrement dit, demain, les apprenants regarderont-ils un MOOC parce qu’il a été soutenu par une éminente université ou parce qu’il est donné par l’enseignant star du domaine ? Selon les scénarios, les enseignants pourraient ainsi devenir de potentiels « disrupteurs » pour les universités comme pour les plateformes de distribution des cours en ligne.

Finalement, si la transformation numérique du secteur de l’éducation se fait encore attendre, les changements à venir pourraient être de très grande ampleur.

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