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Activité enseignante entre généricité et singularités

mardi 15 juillet 2008, par classedu

- L’activité enseignante présente des caractéristiques ergonomiques qui valent, à peu de choses près, celles d’autres métiers en termes d’analyse du travail.

- 1 - L’activité enseignante est organisée,
- 2 - on peut y distinguer le triptyque : tâche prescrite, tâche redéfinie et tâche effective,
- 3 - la tâche de l’enseignant est discrétionnaire,
- 4 - elle s’inscrit aussi dans une généricité faite d’histoires, de traditions ou habitus qui déterminent une manière générale de procéder : un genre commun.

- Selon les éclairages théoriques de la Didactique professionnelle (Pastré, 2005), l’activité enseignante est organisée : elle possède une structure conceptuelle de la situation, spécifique au métier, même si les stratégies des enseignants mobilisent cette structure conceptuelle (SCS) de manières très différentes. Nous observons ainsi, comme dans d’autres milieux professionnels, la différence entre la SCS (l’organisation de l’activité commune à tous les enseignants, quels qu’ils soient) et le modèle opératif (MO) qui se définit comme la manière dont chaque sujet s’est approprié cette SCS. Il est à la base des stratégies individuelles.

- A cela, s’ajoute la distinction de Leplat entre tâche prescrite, tâche redéfinie, tâche effective. La tâche prescrite de l’enseignant est fixée par le Ministère. La tâche redéfinie est la manière dont un enseignant comprend la tâche prescrite. La tâche effective est ce qu’il fait réellement : on peut la rattacher à son modèle opératif, qui est l’organisateur de cette tâche effective (Pastré).

- Enfin, pour un enseignant, la tâche est discrétionnaire (Maggi, Valot) : la prescription fixe le but, mais laisse l’organisation de l’activité à la discrétion des acteurs.

- Le genre professionnel est une sorte d’intercalaire collectif entre la tâche prescrite et l’activité individuelle (entre la structure conceptuelle et le modèle opératif). C’est un stock ouvert de « pré – travaillé », c’est un aspect générique du travail sur lequel tous les professionnels du lieu envisagé se retrouvent : une manière commune de faire son travail. C’est un ensemble de gestes professionnels communs à la majorité des enseignants évoluant dans un contexte identique. Un « basic » commun qui relève du non-dit, quelque chose que le praticien ne comprend qu’après-coup. Le genre pré-organise l’activité, il s’agit d’un moyen d’action disponible pour chaque praticien, qu’il peut « retoucher » en un style personnel. Ce style est une traduction individuelle d’un commun professionnel. Il singularise le praticien et détermine la spécificité de l’activité de travail d’un enseignant. Le style est l’appropriation du genre.

- Ainsi, la leçon de grammaire est ritualisée autour de phases de découvertes notionnelles, d’élaboration de la règle, de son exemplification puis de son application avec des exercices systématiques. Nous retrouvons partie de la trame des manuels scolaires de jadis, laquelle tend à ne plus faire l’unanimité chez tous les enseignants qui prennent la liberté d’écrire d’autres scripts. Les scripts des leçons grammaticales tendent à prouver l’existence d’un genre commun relatif au déroulement d’une séquence d’apprentissage, c’est-à-dire qu’en deçà des stratégies individuelles diverses, que nous allons démontrer un peu plus bas, nous pensons qu’il existe un genre partagé (au sens de Clot ) de gestion d’une leçon de grammaire. En un sens, nous pouvons dire que tous les enseignants observés respectent (sans bien s’en rendre compte) ce genre, qui donne une unité à l’ensemble du corpus. Les enseignants adoptent une manière commune de faire une leçon de grammaire. Vraisemblablement, pourrait-on aussi parler de script commun, avec les variantes qui vont avec. Toutes les leçons semblent en fait organisées selon un même canevas, et cela indépendamment des conceptions de chacun et des adaptations à la situation. Car, bien entendu, cela n’empêche pas les « styles » individuels. Il existe vraisemblablement d’autres genres, des genres opposables à ce genre dominant au regard de pratiques pédagogiques particulières du type Freinet, PMEV…

P.-S.

Extrait de la Thèse de doctorat de Philippe Clauzard "La médiation grammaticale" en école élémentaire - (c) Philippe Clauzard, Mai 2008

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