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L’accès à la pensée symbolique du jeune enfant

mardi 2 novembre 2010, par classedu

La pensée symbolique c’est, grosso modo, arriver à penser le monde, en son absence. Voyons comment entre la naissance et 3 ans se met progressivement en place cette pensée.

I – 0 à 3 mois :

Tout d’abord, sur le plan cognitif, de très nombreux travaux ont mis en évidence des compétences précoces chez le nourrisson, capable dès les premières semaines de sa vie de coordinations inter sensorielles et de discrimination de différents stimulus. Ainsi, si l’on tire la langue à un nourrisson, dès la 2ème semaine, il peut refaire cette mimique. Quelques exemples d’expériences : 1) Coordination entre le regard et la posture : dans certaines conditions, quand le nourrisson suit un objet des yeux, la poursuite du mouvement des yeux va entraîner la rotation de la tête dans le même sens. 2) Expérience de la chambre mobile : le nourrisson est placé sur une chaise face à un mur aux parois mobiles. Si l’on fait bouger ces parois, on observe chez le nourrisson, que la tête part en arrière. Ce mouvement observé très tôt, disparaît vers 2/3 mois, pour réapparaître à 6 mois (comme si les apprentissages n’étaient pas linéaires). 3) Vision/audition : autre expérience. Un nourrisson est placé face à 2 écrans et à un haut parleur au milieu. A droite, image d’un homme qui parle, à gauche, celle d’un kangourou qui saute. La voix de l’homme est passée pendant 100 secondes, puis pendant le même laps de temps, le kangourou saute. On supprime alors les images et on laisse le son. Que fait le nourrisson ? Il est capable de se tourner vers le bon écran, au bon moment … Ces compétences, tout en étant dans une certaine symbiose vis à vis du monde extérieur (il pense qu’il fait partie de sa mère), n’en modifient pas moins l’image d’un bébé « légume » au profit de celle d’un bébé « câblé » ou plus précisément celle d’un bébé qui agit et qui est donc actif. Sur le plan social, de nombreux travaux également mettent en évidence l’aptitude de bébé à bouger, à effectuer des mouvements en lien avec la personne se trouvant en face de lui (synchronie interactionnelle). Ainsi chaque couple mère/enfant trouve normalement son rythme dans un dialogue propre à chaque « couple », et dans une sécurité affective.

II – 3 mois à 1 an :

A partir de ces fonctions « réflexes » ou innées, le nourrisson réorganise ses conduites. Il sait faire moins de choses qu’avant, mais ce qu’il sait faire il le fait de manière volontaire. Il apprend à utiliser ses réflexes et ses capacités afin d’élaborer du sens sur son organisme. Ce travail d’appropriation permet la construction des « outils ». Il s’agit dans cette période, tant pour les développementalistes que les psychanalystes, de la construction de l’unité progressive du moi (dissociation moi/non moi : vers 6 mois, il distingue le corps de sa mère du sien, il explore ses cheveux, ses bijoux) puis construction de l’identité. Quelques organisateurs de cette phase :
- sourire du 3ème mois à un forme humaine ou à visage vu de face (acte volontaire et non plus réflexe)
- angoisses du 8ème mois ; peur et inquiétude vis à vis de l’étranger. Le moi de l’enfant est construit. L’enfant, en répétant inlassablement les mêmes gestes, commence à établir des premiers liens de cause à effet (« si je fais cela, alors il va se passer cela »), des intentions, des premières anticipations et des premières généralisations. C’est également vers 9 mois que les développementalistes situent la permanence de « l’objet » : un objet (ou une personne) conserve son identité quelles que soient les modifications qu’il subit dans l’espace, dans le temps. Tous les schémas se coordonneraient ce second semestre de la vie ; unité du sujet, unité du monde extérieur. C’est à cette période enfin que l’attachement sécurisant à la mère est déterminant, car il permet au très jeune enfant d’aller explorer le monde. Les théories de l’attachement (Bowlby et surtout Ainsworth) ont mis en place, film à l’appui, la situation suivante : un enfant de 9 mois/1 an est avec sa mère dans une salle avec des objets ; la mère s’en va un instant, laissant le nourrisson, seul, puis revient. Trois attitudes : 1) l’attachement sécurisant : l’enfant pleure, puis lors du retour est heureux de retrouver sa mère, sollicite son contact puis reprend son exploration ; 2) l’attachement ambivalent : l’enfant est tout de suite inquiet, en détresse, et au retour de la maman ne manifeste pas sa joie de façon aussi franche et ne s’intéresse plus autant aux objets ; 3) l’attachement évité : l’enfant ne pleure presque pas et lorsque la maman revient, évite la relation même si elle la recherche ; par ailleurs, il ne s’intéresse plus du tout aux objets. Ces situations se retrouvent dans nos classes de PS1 en fin de matinée ou de journée, au retour des mamans.

III – 1 an à 2 ans :

Dès le début de cette 2ème année, l’enfant se détache un peu des objets et peut, dans de bonnes conditions d’attachement et de détachement, explorer le monde, construire des conduites, prendre plaisir de faire des choses nouvelles. C’est dans ce cadre qui apparaît sur le plan cognitif les premières conduites symboliques. L’enfant sera capable de penser l’objet (sa maman, son doudou) en son absence visuelle, c’est à dire de l’imaginer, puis de se représenter son déplacement invisible. Même si le symbole n’est pas complètement mental, c’est une introduction de quelque chose entre l’enfant et l’objet ; c’est une espace psychique, c’est le début de la représentation et de l’expérimentation. Zazzo d’ailleurs, le psychologue français (1910-1995) propose vers 2 ans le test suivant : on colle, sans que l’enfant s’en aperçoive, une tache (une gommette par exemple) sur le front du bébé, on place l’enfant devant un miroir pour vérifier s’il porte la main à son visage. C’est l’apparition du symbolique. A cet âge, les bébés adorent les jeux dits « alternants ». Pourquoi ? Dans ces jeux ils expérimentent les 2 pôles d’une même situation : chanter/écouter, faire coucou/se cacher, et plus tard des jeux comme : « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette ». Cette activité (18 mois – 3 ans) permet de sortir de la confusion soi/autre, d’établir une première relation et d’anticiper la réaction de l’autre. Lorsque la pensée symbolique s’impose, elle oblige à une reconstruction de toutes les connaissances antérieures, avec bien évidemment des formes de régressions. Cette pensée agit comme une construction permanente du monde à l’éclairage de ces nouveaux instruments de pensée.

Quelques organisateurs de cette phase :
- le langage qui se développe avec une rapidité et une efficacité surprenantes (un mot par jour à 2 ans, si le climat affectif et social est bon) ;
- l’imitation de la maman, du grand frère, du petit camarade de crèche ;
- le jeu symbolique : l’enfant joue a être quelqu’un d’autre (jeu de déguisement et coins jeux) ;
- le dessin (ou plutôt le début de la trace graphique) : la trace reste là, ne disparaît pas et se charge peu à peu de significations. Le symbole permet de penser la situation, il apparaît d’abord dans le jeu et ne s’utilise qu’après pour penser. Construire des symboles c’est une chose, savoir s’en servir et les utiliser pour penser, c’est autre chose. Les psychanalystes posent le problème de l’investissement de la symbolisation. Pour utiliser les symboles il faut que ça ait un sens du point de vue affectif. Il faut qu’il y ait plaisir à utiliser la fonction symbolique. Le symbole maintient aussi par le corps une participation au monde.

Conclusion : et ensuite ?

La pensée symbolique continue entre 3 et 8 ans de se développer avec une utilisation « affective » du langage et une pensée où les aspects cognitifs, affectifs, symboliques et corporels sont étroitement liés. On parle aussi pour cette période d’une pensée sensible avant d’arriver progressivement à la conquête de l’abstraction vers 11-12 ans. Sécurité psychologique et affective, attachement à autrui, capacité à établir petit à petit des liens de causalité. Du bébé « légume », on était passé au bébé « éponge ». Maintenant, les chercheurs vont plus loin et nous parlent d’un bébé « cablé », ouvert sur le monde et agissant plus qu’agi.

P.-S.

Biblio simple : 1) « La psychologie de l’enfant » de Colette Laterrasse et Ania Beaumatin (Essentiels Milan – 1997 – 64 pages) 2) « Bébé agi, bébé actif » de Pinol-Dourriez Monique (P.U.F.).

Fiche RectoVerso rédigée par Le réseau d’aides de l’Isoret-Angers / Circonscriptions Angers III et VII

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