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Faire apprendre les relations sémantiques dans le lexique

jeudi 14 septembre 2017, par classedu

- Monosémie, polysémie Un mot très spécialisé peut être monosémique (polythéisme). Par contre la plupart des mots, même apparemment simples monde ou lettre, défendre ou rendre sont polysémiques et renvoient à des sens variés. Il est donc important d’analyser les éléments environnants pour saisir les différentes significations de mots aussi usuels. Découvrir qu’un même mot a des contextes d’emploi totalement différents La police défend aux enfants d’écrire sur les murs, la police défend les enfants contre les dealers conduit à réfléchir aux éléments communs (par ex. l’interdiction faite aux enfants d’écrire sur les murs ou aux dealers de circonvenir les enfants). Lorsqu’il n’y pas d’éléments communs, on a affaire à des homonymes faire grève, se promener sur la grève.

- Synonymie, antonymie Pour les élèves de l’école primaire, la synonymie se caractérise par la possibilité de substituer un mot à un autre dans le même énoncé. Cette manipulation peut permettre de construire des classifications puis de spécifier les nuances de sens ou de contexte on rompt le pain, mais pas la glace. Le phénomène d’antonymie n’est utile à l’école primaire que pour découvrir dans le dictionnaire un mot qui échappe à l’élève ou pour jouer avec les mots.

- Mots génériques, mots spécifiques Les mots proches de sens peuvent être classés hiérarchiquement selon qu’ils désignent des catégories larges meuble, des catégories plus restreintes fauteuil ou spécifique bergère. L’usage scolaire de ces relations est très important, d’une part parce qu’il permet d’organiser le monde et de catégoriser l’information dans la plupart des disciplines, d’autre part d’amener les élèves à sortir des mots génériques pour préciser leur pensée et leur expression.

- Les relations morphologiques La plupart des mots sont morphologiquement complexes, c’est-à-dire qu’ils sont formés de plusieurs unités formelles que l’on peut distinguer. Ces mots comportent un radical, susceptible de variations aller, je vais, j’irai, et des adjonctions qui peuvent être de trois types : des dérivations, des compositions et des flexions. La nominalisation met en jeu la dérivation.
- Les dérivations : elles consistent à ajouter au radical un affixe, soit au début du mot (préfixe), soit à la fin (suffixe). Le mot déjouer est ainsi un dérivé constitué d’un radical jouer qui peut être utilisé seul et d’un affixe dé- qui, lui, n’a généralement pas d’emploi indépendant. Un même radical peut accepter divers préfixes re-, dé-, ou divers suffixes (pour jouer toujours, -able, -eur) ou encore des préfixes et des suffixes anticonstitutionnellement. L’usage admet certaines dérivations et en refuse d’autres. Il est donc important chaque fois que l’on travaille sur la dérivation de vérifier que les constructions proposées sont admises par l’usage. Les dérivations modifient souvent la catégorie grammaticale du mot constitution, constitutionnel ; jouer, jouable ; [phares] antibrouillards etc..
- Les mots composés : un mot composé est fait de deux mots qui ont une existence indépendante par ailleurs portefeuille, député-maire, chasse-neige, pomme de terre. On peut trouver des mots composés dans la plupart des catégories (noms, adjectifs, verbes, adverbe, préposition, conjonction). Ils peuvent être composés eux-mêmes de toutes ces catégories. Le tiret n’est pas la marque d’un mot composé. Un mot composé peut être soudé portefaix, lié par un trait d’union garde-barrière, séparé par un blanc graphique garde champêtre.

N.B. Les rectifications orthographiques de 1990 proposent un certain nombre d’aménagements qui régularisent cette orthographe dans le sens de la soudure, évitant ainsi les très nombreux problèmes de pluriel des mots composés.
- Les flexions : les flexions du nom et de l’adjectif concernent essentiellement le genre et le nombre ; les verbes supportent en plus les flexions de personne, de temps, de mode. Le système des flexions des verbes est si complexe et irrégulier en français qu’on en a fait un objet d’enseignement à part : la conjugaison.
- La nominalisation : la nominalisation désigne le procédé de formation d’un nom à partir d’un verbe ou d’un adjectif. Elle met en jeu la dérivation, l’utilisation des suffixes. La maîtrise de la nominalisation est importante en lecture. L’usage de nominalisations est en effet fréquente dans les formules condensées de l’écrit, telles qu’on peut les rencontrer fréquemment dans les écrits documentaires, notamment les manuels scolaires. Leur lecture suppose de déplier les informations. Si on lit, dans une manuel de biologie, que la prolifération soudaine des têtards s’explique par l’altération brutale du milieu, le lecteur doit reconstruire plusieurs informations : les têtards ont proliféré. Cette augmentation est soudaine. Le milieu s’est altéré…. De même, une bonne connaissance de la nominalisation est utile pour la consultation d’une liste de mots-clés lors d’une recherche documentaire, que ce soit dans un logiciel de BCD, sur internet ou dans l’index d’un ouvrage documentaire. Si l’élève recherche ce que mange la grenouille, le mot ne sera pas manger ou nourrissage (qui existe dans un autre sens) mais alimentation ou nourriture ou régime alimentaire . Enfin, en écriture, que ce soit pour la prise de notes ou la rédaction d’écrits documentaires, la maîtrise de la nominalisation est souhaitable. Dans la mesure où le suffixe –age est le plus productif dans la langue pour la création de mots nouveaux, les enfants sont souvent conduits à produire des formes non attestées en –age. Dès le début du cycle, l’enseignant peut, en marge d’une recherche documentaire, faire mettre en correspondance les questions telles que les élèves se les posent Que mangent les grenouilles ? Comment naît le bébé éléphant ?) et les mots-clés figurant dans un index (nourriture, fécondation).
- Au CM, dans le cadre d’une démarche d’investigation en biologie sur la digestion, un travail peut être conduit sur les nominalisations correspondant aux principaux processus intervenant dans la digestion : mastication et broyage des aliments dans la bouche, …. L’attention aux verbes et aux nominalisations correspondantes permet de déplacer l’attention de la nomination des divers organes de l’appareil digestif et du trajet des aliments à la formulation des transformations mécaniques et chimiques intervenant dans la digestion. Ce travail est profitable à l’enseignement de la biologie mais aussi au vocabulaire, en permettant de travailler sur la formation des mots.
- Dans certains cas, lorsque l’affixe s’ajoute simplement à la racine (grand/grandeur/grandir), sans la transformer, la variation morphologique est transparente ; dans d’autres, la modification du radical (voir/vue/visible) la rend plus complexe à analyser ou à produire. Enfin, certains mots ont l’apparence de dérivés constitués d’affixes et ne peuvent en fait être isolés de leur base. Pour répondre et démanger, par exemple, les segments ré- et dé- ne sont pas des préfixes : répondre, ce n’est pas pondre de nouveau, démanger ce n’est pas vomir.

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