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De mauvais résultats en maths ? La faute à l’idéologie !

mercredi 7 décembre 2016, par classedu

Rémi Brissiaud, spécialiste de l’apprentissage des maths au primaire, rend responsables des mauvais résultats de l’évaluation Timss les prgrammes DARCOS (de droite !) de 2008.

On peut espérer une amélioration de l’enseignement des maths en primaire grâce aux nouveaux programmes de maternelle de 2015 et d’élémentaire de 2016. A condition d’accompagner sérieusement les enseignants afin qu’ils s’en emparent.

Lorsque l’idéologie politique l’emporte sur la didactique disciplinaire, c’est tout le paquebot qui prend l’eau et une génération d’élèves qui en fait les frais !!

Et la vague Fillon n’est pas de bonne augure... puisque le politique dicte aussi la loi didactique, sans pour autant l’expertise...

Extrait d’article du Café Pédagogique.

Etes-vous surpris par les mauvais résultats de l’étude Timss ?

Je ne suis pas surpris. Cette génération d’élèves testés en 2015 en Cm1 a fait l’objet d’une étude de la Depp (Division des études du ministère de l’éducation nationale) en Cp en 2011, puis d’une autre note au moment en Ce2 en 2013. En 2013 l’étude signalait que les progrès enregistrés en 2011 n’étaient pas confirmés deux ans plus tard. Dans tous les exercices de calcul les capacités des élèves étaient en régression. C’est cette évolution que vient confirmer Timss.

Comment expliquer des résultats si désastreux ?

Les premiers responsables ce sont les programmes de 2008. Ces enfants ont débuté en maternelle le comptage et le numérotage selon les programmes de 2008. Selon ces programmes, ils devraient avoir appris à lire et écrire les nombres jusqu’à 30 à la fin de la maternelle.

Je travaille en ce moment en CP. Je vois bien que, pour certains élèves, l’apprentissage qu’ils ont fait en maternelle selon le programme de 2008 est un obstacle à l’entrée dans le calcul et qu’il faut les rééduquer. Ces programmes de 2008 ne pouvaient conduire qu’à une catastrophe.

Aujourd’hui, les programmes de maternelle de 2015 se limitent à demander de connaitre les nombres jusqu’à 10. Mais ces nombres doivent être connus à travers leur décomposition. C’est tout autre chose. Il vaut mieux aller plus lentement mais bien maitriser la décomposition des nombres.

Mais on sait que l’entrée dans les programmes scolaires c’est un peu comme s’installer dans un paquebot. L’embarquement est long et une fois le bateau parti il continue sa route très longtemps avant que l’on en débarque. Les programmes de 2008 n’ont que 8 ans. Comment expliquer que leurs effets néfastes soient apparus aussi vite ?

C’est qu’ils véhiculent des clichés de sens commun. Ils ne font que reprendre les pratiques des familles. Il est donc très facile d’y entrer même sans aucune formation. Quand un système éducatif decide de faire enseigner les nombres comme le ferait n’importe qui, il ne faut pas s’étonner si les résultats sont mauvais.

Inversement les nouveaux programmes demandent d’expliciter le calcul sous jacent au comptage. Et cela demande un accompagnement des enseignants.

Les enseignants sont suffisamment formés pour ces nouveaux programmes ?

Evidemment non car on recrute peu d’étudiants scientifiques pour le professorat des écoles. Et les Espe sont loin d’être les écoles professionnelles dont on rêve. Aussi les nouveaux programme nécessitent une formation continue solide et plus conséquente que l’actuelle. Pour donner une idée, le nouveau programme de cycle 2 parle "d’itération des unités".

Timss montre que tout est faible. Pas seulement les nombres mais aussi la géométrie. Comment l’expliquer ?

Quand les élèves sont faibles les enseignants privilégient l’étude des nombres aux dépens de la géométrie.

Comment expliquer le bon niveau d’autres pays dans Timss ?

Les pays qui ont de bons résultats dans Timss , comme Hong Kong, Singapour ou le Japon, rentrent très tôt dans la décomposition des nombres. Ils y sont aidés par le nom des nombres. Les enfants ne disent pas "onze" mais "10 et 1", douze mais "10 et 2" etc. Finalement la pédagogie utilisée dans ces pays est proche de celle des nouveaux programmes.

En Europe, la Belgique flamande , qui est en tête de classement dans Timss, demande d’apprendre les 20 premiers nombres en CP et 200 en Ce1. Nous, dans les nouveaux programmes, nous allons jusqu’à 100 en CP et mille en Ce1. C’est trop ! Les petits belges maitrisent parfaitement les 20 premiers nombres en CP. Ce n’est pas le cas des jeunes français pour les 100 premiers nombres.

Tout en haut de Timss il y a l’Angleterre, l’Irlande et l’Irlande du Nord. Ce sont trois pays anglophones. Là aussi la langue anglais aide les enfants. Elle distingue les ordinaux et les cardinaux, ce que ne fait pas le français. Ensuite ces pays ont fait de bons choix. Par exemple ils n’enseignent l’addition en colonnes qu’au Ce2. Nous, malgré l’avis négatif du Conseil Supérieur des Programmes, on a maintenu cet apprentissage en CP.

Nos programmes sont trop ambitieux ?

Oui . Il vaut mieux se limiter aux 200 premiers nombres en Ce1, comme dans nombre d’autres pays, mais bien savoir les calculer. Il y aussi le fait que l’école commence tôt en France. Chez nous la 4ème année d’étude, le repère utilisé par Timss, correspond à des enfants qui ont en moyenne 9.9 ans. Dans beaucoup d’autres pays les élèves testés ont 10.9 ans car l’école commence plus tard. C’est le cas au Danemark ou en Finlande par exemple.

On veut en France que les enfants connaissent les nombres très loin et très tôt. A l’évidence il faut bien se dire que c’est impossible.

Voir en ligne : Article complet du Café Pédagogique

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