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Contribution de Stéphane Bonnéry parue dans "POUR" mars 2009

Aucun élève n’est voué à l’échec à condition de lever les implicites de classe

mardi 5 janvier 2016, par classedu

De nombreux travaux montrent des corrélations entre le milieu social et la réussite, ou l’échec scolaire. Ou ‘en dites-vous ?

La notion d’échec scolaire est plutôt récente, elle date des années soixante dix. Avant on considérait tout simplement qu’il y avait des élèves inadaptés au système éducatif. Avec la prolongation de la scolarité et la construction du collège unique on s’est aperçu qu’il ne suffisait pas d’accueillir tous les jeunes dans un même lieu pour créer de la réussite scolaire. On parle aujourd’hui d’élèves en difficulté, comme si le problème venait d’eux. La notion de "dons", d’abord élaborée par les progressistes qui souhaitent amener tous les jeunes au maximum de leurs possibilités quel que soit leur milieu social, est aujourd’hul utilisée, par Ies réactionnaires, pour affirmer que tous les élèves n’ayant pas Ies mêmes dons, ils ne seraient pas tous capables de réussir. De même, la notion de « handicap socioculturel » s’appuie sur un constat réel : tous les élèves n’arrivent pas armés de la même façon pour entrer dans les apprentissages. Mais cette notion renvoie souvent à une responsabilité des familles, déconsidérées puisqu’elles ne prépareraient pas correctement leurs enfants à l’école. Or, quand on regarde le niveau de diplôme du « chef de famille », on note que 27 % des collégiens ont un père ouvrier, 17 %: un père employé, et 10 % un père sans activité. Donc 54 % des collégiens ont un père dont le niveau de diplôme est inférieur ou égal au BEP : ces familles, qui sont donc la norme, ne sont pas en mesure d’apporter les « compléments » après l’école. C’est a l’école de prendre en charge la transmission de la culture scolaire.

Vous parlez de délits d’initiés face à la culture scolaire, de quoi s’agit-il ?

Tous les élèves n’ont pas la même connivence avec la culture scolaire et ses normes. Autrefois on demandait beaucoup aux élèves de mémoriser et de restituer. Auj0urd’hui il est nécessaire de maitriser des savoirs exigeants : quelque que soit son activité professionnelle, les activités cognitives exigées par l’employeur sont de plus en plus complexes. Les contenus d’enseignement ont donc évolué. Mais ce sont surtout les élèves arrivant avec des pré requis acquis en dehors de l’école, qui construisent réellement des savoirs. Les autres se concentrent sur ce qu’on leur donne clairement à voir : des tâches, ne permettant pas toujours de se saisir de la globalité de la tâche et de la finalité de l’apprentissage quand elles peuvent être morcelées en exécution de micro-consigne soutirée à l’enseignant. L’exemple type est celui d’une séance de géographie au cours de laquelle il est demandé de colorier une carte selon un code couleur correspondant au relief. Chacun peut réussir l’activité, mais par la suite seuls les élèves qui ont compris ce que l’enseignant attendait d’eux vont réussir à transférer les connaissances construites à d’autres cartes, d’autres situations. Ceux qui pensent qu’il faut apprendre la carte par cœur, appliquent ce qu’ils ont compris au pied de la lettre, et n’ont pas les moyens de comprendre seuls leur erreur. L’école fonctionne sur de nombreux implicites. Pour les éviter, il ne suffit pas d’énoncer l’objectif en début de séance, il faut conduire la séance pour qu’aucun élève ne contourne |’objectif visé en se focalisant sur des micro-tâches et évite de se confronter au savoir. Il faut revoir le statut de l’erreur, faire de ces incompréhensions des objets de travail et non culpabiliser ceux qui se sont trompés. Il s’agit de bien définir le modèle d’élève qui pilote le système éducatif : est-ce celui qui a déjà compris ce que l’école attend de lui, ou celui qui se méprend sur les attentes de |’enseignant par manque de connivence avec la culture scolaire ?

Le retour aux fondamentaux, l’aide individuelle sont avancés pour faire reculer l’échec scolaire. Ces pistes vous paraissent-elles intéressantes pour ces élèves qui ne comprennent pas d’emblée, l’école ?

Tous les élèves sont capables de réussir, aucun n’est voué a |’échec... A condition que l’école leur transmette ce qui permet de s’approprier les savoirs. En cela le prétendu « retour aux fondamentaux » est un leurre car au lieu de s’attaquer à ce qui fait obstacle aux apprentissages, on ne vise l’acquisition de savoirs complexes que pour certains élèves, ceux qui feront des études supérieures. .. Quant à la notion d’aide individualisée, d’abord portée par les progressistes, elle renvoie actuellement a l’idée que les élèves sont en difficulté parce qu’ils rencontrent des problèmes individuels, éventuellement pathologiques. Ils sont pourtant normaux : la difficulté face aux apprentissages n’est pas un problème. L’école doit tout simplement enseigner, confronter les élèves aux difficultés d’apprentissage. Que l’aide individuelle soit une béquille tant que l’école produit des inégalités d’apprentissage ne remplace pas une politique dotée des conditions pour les faire disparaître et éviter l’échec.

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