CLASS-EDU Site personnel de conseils pédagogiques/didactiques

Créole à l’école

vendredi 2 octobre 2015, par classedu

La question du créole à l’école sur l’île de la Réunion est une problématique majeure et récurrente. Peu de choses s’effectuent, sinon quelques classes bilingues au bilan favorable qui manque de diffusion sur l’ensemble du territoire. (...) Cette évidence du propos rencontre cependant des résistances, qui ne sont pas forcément institutionnelles, mais liées à des invariants du sujet (parcours, expérience, biographie, histoire personnelle et familiale…). Certaines personnes réunionnaises qualifient le créole de patois quand d’autres n’osent pas s’en servir pour faire accéder plus facilement les élèves à la langue française. La peur d’être taxé d’indépendantiste l’emporte sur l’intelligence d’adaptation didactique.

L’inclusion scolaire est à la fois une philosophie et un ensemble de pratiques pédagogiques qui permettent à chaque élève de se sentir valorisé, confiant et en sécurité de sorte qu’il puisse réaliser son plein potentiel. Elle repose sur un système de valeurs et de croyances qui sont axées sur le meilleur intérêt de l’enfant et qui favorisent chez lui non seulement une participation active à ses apprentissages et à la vie scolaire, mais également un sentiment d’appartenance, le développement social ainsi qu’une interaction positive avec ses pairs et sa communauté scolaire. À cet effet, les écoles et les collectivités partagent ces valeurs et ces croyances. Plus précisément, l’inclusion scolaire est réalisée dans les communautés scolaires qui appuient la diversité et qui veillent au mieux-être et à la qualité de l’apprentissage de chacun de leurs membres. Des textes ministériels défendent ce principe d’inclusion, comme la loi Deixonne relative à l’enseignement des langues, patois et dialectes ou encore l’article L312 – 11 du code de l’éducation de l’année du 2000 qui spécifie : « les maîtres sont autorisés à recourir aux langues régionales dans les écoles primaires et maternelles chaque fois qu’ils peuvent en tirer profit pour leur enseignement, notamment pour l’étude de la langue française. »

L’accueil en maternelle favorise un continuum langagier entre la famille et l’école sur le territoire de l’Hexagone. Les professeurs des écoles maternelles dont invités à employer une langue et des structures phrastiques qui sont familières aux élèves (cf. Documents du MEN « Le langage en école maternelle »). Sur l’île de la Réunion, le continuum langagier est contrarié. La plupart du temps, l’enfant débute sa scolarisation dans une langue étrangère qui n’est pas la sienne. Le mutisme guette l’élève, l’incompréhension guette l’enseignant non sensibilisé à la problématique. Un enseignement spécifique du français s’impose parce que « l’entre-jeux » entre les activités épilinguistiques et les activités métalinguistiques ne peut se manifester de la même manière chez un petit Réunionnais ou un petit Francilien, Alsacien ou Aquitain, par exemple. Pour autant, un enseignement fondé sur le FLE ne correspond pas, dès lors qu’il est fondé sur les actes de langage. Le petit réunionnais n’a pas besoin d’apprendre à demander son chemin ou acheter son riz, car les échanges s’effectuent dans la langue de communication créole. L’enjeu diffère du primo-arrivant d’origine par exemple asiatique, qui doit rapidement apprendre le français, pour vivre au quotidien souvent une fonction de traducteur pour la famille.


C L : Il est vrai que tous les enfants n’ont pas la même représentation initiale de l’école. À la Réunion, le créole pose une difficulté de plus, car certains se réfugient dans de l’inhibition dès l’âge de 3 ans, car ils ne comprennent pas cette langue étrangère qu’est le français. Là ; se pose le problème de l’identité. Refuser de parler créole avec ces enfants revient à refuser d’entendre cette personne. Il est difficile de coupler l’apprentissage de la compétence numéro 1du socle commun (la maîtrise de la langue française), priorité de l’école maternelle, et permettre simultanément la construction de la personnalité de chaque individu créolophone. Il y aura toujours frustration.

DL : Non, pas forcément, tu peux inviter l’élève à parler, et s’il te répond en créole, tu lui dis « oui, c’est la bonne réponse en créole, mais à l’école on parle français et en français ça se dit comme cela… » CL : Oui, on pourrait utiliser le créole comme moyen pour faire comprendre certaines notions. Mais certains ne comprennent pas le fait qu’il faille absolument parler français, car chez eux, on n’a pas nécessité de parler autre langue que le créole pour se faire comprendre. DL : oui, et c’est pour cela que l’on dit qu’enseigner, c’est restructurer. Il faut tout d’abord changer leurs représentations, afin qu’ils comprennent que parler français est important pour se faire comprendre de tous, que travailler à l’école est quelque chose de passionnant, car on apprend beaucoup et cela nous aide à avancer. CL : C’est donc là le moment clé. Il faut réussir à créer ce déclic. DL : Très difficile à faire, car on se retrouve alors en opposition par rapport à certains parents. Et c’est seulement si l’on peut observer un changement comportemental que l’on saura alors qu’il apprend. Il faut faire comprendre à l’élève qu’il est lui-même acteur de son apprentissage, mais que pour cela, il doit accepter certaines « règles ». CL : Tout à fait, mais pour créer ce changement, il faut savoir intéresser les enfants, sans quoi il n’y aura aucune participation. C’est en cela que ce métier est complexe. C’est là un grand défi : réussir à moduler l’habitus de chacun des élèves, et parfois même, avant d’agir sur celui des élèves, agir sur celui des parents, afin qu’ensemble (parents + enseignant) on puisse créer cette situation favorable à l’apprentissage ».

http://www.cndp.fr/crdp-reunion/sit...

http://www.cndp.fr/crdp-reunion/sit...

Voir en ligne : Ouvrage de référence sur la question créole pour praticiens

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0