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Roland Goigoux interviewé par le Snuipp

Des tâches habituelles pour un étayage soutenu

vendredi 25 juin 2010, par classedu

Pourquoi, selon vous, l’aide personnalisée présentée par le ministère comme un levier pour réduire la difficulté scolaire a semblé tant déstabiliser, voire heurter les enseignants : D’abord parce que es dispositif a été introduit dans un contexte détestable de mise en accusation de l’école et de ses maîtres. De plus, ses buts n’étaient pas clairs : pour nombre d’enseignants, il s’agissait surtout de justifier la disparition des cours le samedi matin et de procéder à des économies budgétaires en supprimant des postes RASED, l’aide « personnalisée » risquant fort de se substituer, à terme, à l’aide spécialisée. Certains avaient le sentiment qu’on leur assignait une mission impossible : affronter la grande difficulté scolaire sans formation spécifique et assumer seuls la responsabilité de l’échec. Les nouveaux rythmes scolaires quotidiens imposés aux élèves ne provoquaient-ils pas d’autres résistances ? Si, ajuste titre. Le problème semblait moins celui de la réduction du nombre d’heures que celui de leur répartition. Toutefois, si la plupart des enseignants déplorent l’allongement de la journée de travail des élèves, rares sont ceux qui sont prêts à revenir en arrière et à accepter de faire classe le mercredi matin. Les enseignants redoutaient aussi que ce dispositif stigmatise les élèves en difficulté... Oui, mais cet argument ne me semble guère fondé et masque plutôt une inquiétude, celle de ne pas être suffisamment compétent pour offrir une aide efficace. Quand leurs propres enfants ont des difficultés à l’école, les enseignants n’hésitent pas à les aider ou à les faire aider. Pourquoi en serait-il autrement avec les enfants des autres ? Nous avons observé que l’aide pouvait être très bénéfique lorsqu’elle était présentée comme un « cadeau », une attention particulière accordée aux élèves. Quelle est votre conception de ce que pourrait être cette aide ? Donner plus d’école ! Il faut éviter d’élaborer des dispositifs trop lourds, comme les PPRE, reposant sur l’illusion salvatrice du couple diagnostic/remédiation. L’analogie avec le modèle médical des troubles est inadéquate en pédagogie : elle ne correspond ni au savoir-faire des enseignants, ni aux contraintes de l’exercice de leur métier. Ce n’est pas en multipliant les épreuves d’évaluation diagnostique que les maîtres connaîtront mieux leurs élèves : c’est en s’efforçant de leur enseigner plus de choses, en les accompagnant dans leurs cheminements intellectuels, en les aidant à réussir et à comprendre les tâches scolaires habituelles, en les soutenant par de nombreuses verbalisations et explications. Vous prônez une aide qui n ’a rien de personnalisée... C’est l’attention portée aux élèves qui se personnalise mais dans le cadre de tâches d’enseignement ordinaires : il s’agit seulement de poursuivre en petit groupe la différenciation pédagogique amorcée en classe. Il ne faut donc pas confondre aide ordinaire et aide spécialisée. Le « sur-mesure pédagogique » est un nouveau mythe auquel on doit résister si l’on ne veut pas rendre le métier d’enseignant impossible et obtenir l’effet inverse de celui recherché. C’est pourquoi notre première mission en formation est d’aider les enseignants à repérer à quel point les difficultés de leurs élèves se ressemblent. Lorsqu’ils connaissent les régularités et les similitudes des apprentissages de leurs élèves, les maîtres parviennent à mieux prendre en compte les singularités de chacun. Quand vous parlez de tâches scolaires, desquelles parlez-vous ? De tâches proches de celles utilisées habituellement en classe mais qui se prêtent bien à un étayage soutenu. Nous les avons classées en 7 familles, désignées par sept verbes d’action : Exercer (systématiser, automatiser) ; Réviser (synthétiser, préparer une évaluation commune) ; Soutenir (accompagner l’élève au travail) ; Anticiper (préparer la future séance collective) ; Revenir en arrière (reprendre les bases) ; Compenser (enseigner ce qui est requis par les tâches scolaires mais pas enseigné) ; Faire autrement (enseigner la même chose d’une autre manière) Maïs n V a-t-il pas un danger : abandonner la classe comme espace de différenciation et de prise en charge de la difficulté.., Nous faisons l’hypothèse inverse, confortée par nos observations de l’année écoulée celle d’un accroissement de la différenciation en classe. Lorsqu’ils sont placés dans as. bonnes conditions, avec des effectifs réduits les enseignants apprennent à mieuj connaître leurs élèves et la manière dont il : apprennent. Ils en profitent, en classe, pou ajuster certaines situations d’enseignemen aux caractéristiques des élèves les moin performants qui étaient auparavant mas quées par le collectif.

- Retrouver sur le site du SNUipp les 7 familles d’aide détaillées.

P.-S.

- Retrouver sur le site du SNUipp les 7 familles d’aide détaillées : www.snuipp.fr

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