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Ardoino et l’analyse multiréférentielle

jeudi 10 septembre 2015, par classedu

« Reconnaître la complexité comme fondamentale dans un domaine de connaissance donné, c’est donc, tout à la fois, postuler le caractère « molaire », holistique, de la réalité étudiée et l’impossibilité de sa réduction par découpage, par décomposition en éléments plus simples. Toutefois cette impossibilité de séparer ou de décomposer les « constituants » d’une réalité complexe n’interdit nullement le repérage ou la distinction, effectués par l’intelligence, au sein de tels ensembles, à partir de méthodes appropriées. Cela suppose une « vision », tout à la fois « systémique », compréhensive et herméneutique des choses, pour laquelle les phénomènes de relations, d’interdépendance, d’altération, de récurrence, fondant éventuellement des propriétés quasi-holographiques, deviennent prééminentes pour l’intelligibilité. Reconnaître et postuler la complexité d’une réalité, c’est, en outre, admettre sa nature, à la fois homogène et hétérogène, son opacité, sa multi-dimensionnalité, exigeant, alors, pour une compréhension plus fine, une « multiréférentialité. […]

« La complexité se donne souvent à connaître en tant que « multi » ou « pluri » dimensionnalité, ainsi prêtées à l’objet. Du côté du ou des regards qui prétendent en rendre compte, il est, alors, préférable de parler de « multiréferentialité ». Ces deux notions ne doivent pas être confondues. Pour expliquer brièvement la différence, l’une comme l’autre peuvent se réclamer également de l’idée de « complémentarité ». Mais cette dernière, elle-même, recouvre des contenus très différents. Si je parle de deux « angles complémentaires » dont la somme donne un angle droit, la complémentarité que j’évoque est celle de deux sous-ensembles homogènes l’un à l’autre. Lorsque nous disons que les différents « sens » (la vue, l’ouïe, le toucher, etc.) sont complémentaires, nous parlons déjà de réalités plus hétérogènes entre elles, mais restant toutefois pré- coordonnées, « pilotées », par un système nerveux central.

Lorsque, enfin, nous voulons souligner l’importance de perspectives « complémentaristes » pour l’intelligibilité des phénomènes, dans le cadre des sciences anthropo-sociales, faisant, par exemple, appel à des systèmes de référence, à des grilles de lecture, différents, (psychologiques, psychosociaux, sociologiques), la « complémentarité » est, ici, celle d’ensembles foncièrement, sinon irréductiblement hétérogènes. Le travail d’analyse consiste moins à tenter de les homogénéiser, au prix d’une réduction inévitable, qu’à chercher à les articuler, sinon à les conjuguer. Cette perspective suppose évidemment de faire le deuil d’un « monisme » tenace dans notre culture. Nous avons, ainsi, développé un modèle d’intelligibilité des pratiques éducatives, en distinguant des « regards » centrés sur les individus ou les personnes (perspective psychologique), sur les interactions et sur le groupe (perspectives psychosociales), sur les organisations et les institutions (perspectives plus sociologiques), assortis de leur systèmes de références propres . Il s’agit, ici, de « perspectives », et non de « niveaux », comme on l’a, parfois, cru. »

Voir en ligne : HOMMAGE A JACQUES ARDOINO

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