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LES ABSTRACTIONS, selon Piaget

jeudi 7 mars 2013, par classedu

1 . Définitions

Les aspects qualitatifs ou quantitatifs que peuvent revêtir les propriétés caractérisant un objet sont liés aux diverses abstractions que le sujet peut effectuer. Il convient donc de faire un rappel concernant les définitions de ces diverses abstractions pour bien cerner ce dont on parle.

Piaget distingue trois types d’abstractions (empirique, pseudo-empirique et réfléchissante), l’abstraction pseudo-empirique n’étant qu’un cas particulier de l’abstraction réfléchissante.

L’abstraction empirique ou simple porte sur les objets physiques ou sur les aspects matériels de l’action propre. Elle consiste en des mises en relation entre éléments nouvellement rencontrés et des schèmes antérieurement construits. Elle s’effectue pendant des activités infra-logiques et repose sur des états. Elle permet de structurer les aspects figuratifs de la connaissance (aspects configuraux et statiques). Elle se traduit sous la forme de lectures d’expériences. Elle permet l’extraction soit de propriétés telles que la couleur, la forme, la consistance... lorsqu’elle porte sur des objets physiques soit de particularités communes lorsqu’elle porte sur des actions. Ces propriétés sont juxtaposées les unes aux autres, non coordonnées, non organisées par le sujet. Elles résultent de comparaisons immédiates effectuées entre les objets deux à deux. Ce sont des différences ou des similitudes lues et non pas combinées entre elles.

‘« Assurer que celui-ci est plus petit que celui-là, plus rond, moins rouge, mais ne pas savoir relativiser ou combiner ces jugements. C’est-à-dire ne pas pouvoir admettre que ce décrété plus petit là peut être plus grand qu’un autre ou que cette plus longue ligne d’en haut est égale en nombre à celle d’en bas qui est assurément si petite, si petite qu’on ne remarque pas sa densité. »70 « L’abstraction empirique (...) consiste simplement à tirer d’une classe d’objets leurs caractères communs (par combinaison de l’abstraction et de la seule généralisation)... ».71 ’ Le processus d’abstraction simple fournit en quelque sorte un décalque du réel : « ‘L’abstraction simple tire ses informations des objets extérieurs, sa source est exogène’ ».72 Les propriétés statiques peuvent donc emprisonner le sujet dans un réel apparent, ressenti sans plus, quand elles sont exclusivement présentes dans un secteur de l’activité. Le sujet, dira Piaget à propos de ces types d’expériences et d’abstractions, cherche la vérité dans les figures, dans les configurations. Ce qui revient à dire que l’expérience et l’abstraction simples stimulent les aspects figuratifs de la pensée : « ‘Les fonctions figuratives ne tendent pas à transformer l’objet mais à en fournir une imitation au sens le plus large du terme’ ».73

Les apports de l’abstraction empirique sont indispensables puisque ce sont eux qui fournissent des contenus de connaissance, permettent de contrôler les anticipations et soulèvent des questions. Mais ils demeurent secondaires notamment parce qu’ils ne sont pas en jeu dans la formation des instruments de connaissance (par exemple, la classification logique, les opérations arithmétiques, la possibilité de combinatoire). Ces instruments ne se trouvent pas comme tels dans la réalité ; ce sont des coordinations ou des structures d’activités intellectuelles.

L’expérience simple doit être complétée par une expérience plus dynamique dite logique pour permettre de construire des propriétés relationnelles tirées des actions intériorisées et coordonnées que Piaget appelle des opérations. Ainsi, les échanges avec le réel parviennent constamment à transformer celui-ci et réciproquement, ces transformations donnent lieu à des réajustements permanents. Le sujet accède à un réél relié logiquement, coordonné et non plus simplement juxtaposé. Cette évolution d’un réel statique vers un réel intelligible est, pour Piaget, l’aboutissement du processus d’équilibration dont il donnera deux versions (1957 et 1975)

‘« Les propriétés relationnelles sont donc bien des actions intériorisées et coordonnées entre elles par le sujet, autrement dit, elles sont des opérations de la pensée. Pour compléter cette définition des opérations, il faut ajouter qu’il s’agit d’actions intériorisées réversibles. »74 ’ L’abstraction pseudo-empirique consiste en une lecture des résultats de l’activité du sujet sur des objets matériels dans lesquels le sujet introduit les propriétés qu’il constate. La manipulation d’objets semble donc indispensable, mais la propriété abstraite n’est pas, comme précédemment, une propriété de l’objet. L’abstraction pseudo-empirique correspond à un constat concret sur le réel. Elle permet le constat de la cause et de l’effet.

‘« Lorsque l’objet a été modifié par des actions du sujet et enrichi de propriétés tirées de leurs coordinations (par exemple en ordonnant les éléments d’un ensemble) l’abstraction portant sur ces propriétés est dite « pseudo-empirique », parce que, tout en procédant sur l’objet et sur ses observables actuels, comme dans l’abstraction empirique, les constatations atteignent en réalité des produits de la coordination des actions du sujet : il s’agit donc d’un cas particulier de l’abstraction réfléchissante et nullement d’un dérivé de l’abstraction empirique ».75 ’ L’abstraction réfléchissante porte sur des formes encore appelées schèmes (toutes activités cognitives du sujet). Elle consiste en une lecture des propriétés des actions sur l’environnement (assembler, classer, sérier...). Elle est une généralisation de l’abstraction pseudo-empirique qui n’a plus besoin de support concret pour constater les propriétés du sujet. Elle permet la généralisation de la relation de cause à effet. L’abstraction réfléchissante pouvant s’exercer au travers d’activités logico-mathématiques, porte sur la considération des transformations conduisant d’un état à un autre état. Elle permet de construire les aspects opératifs (cinétiques et dynamiques) de la connaissance.

‘« L’abstraction réfléchissante comporte toujours deux aspects inséparables : d’une part, un « réfléchissement » c’est-à-dire la projection (comme par un réflecteur) sur un palier supérieur de ce qui est tiré du palier inférieur (par exemple de l’action à la représentation) et d’autre part, une « réflexion » en tant qu’acte mental de reconstruction et réorganisation sur le palier supérieur de ce qui est ainsi transféré de l’intérieur ».76 ’ L’abstraction réfléchissante est un processus qui permet la construction de nouvelles formes de connaissance provenant des savoirs ou savoir-faire que le sujet possède déjà. On peut distinguer trois temps dans ce processus : l’abstraction qui consiste à dégager certains modes d’organisation des connaissances du sujet ; puis, le réfléchissement qui revient à projeter ce qui a été abstrait sur un plan de connaissance supérieur ; enfin, la réflexion ou reconstruction sur le nouveau plan.

Dans le premier temps, le sujet dégage non pas une propriété de la réalité telle que la forme ou la couleur comme c’est le cas dans l’abstraction empirique, mais une propriété de ses activités. Il ne s’agit pas d’une propriété matérielle de l’action, ni en général de contenus de pensée. L’abstraction réfléchissante, comme le souligne Piaget, dégage des actions leurs coordinations les plus générales comme, par exemple, le fait de réunir, ordonner ou mettre en correspondance.

Dans un deuxième temps, la connaissance abstraite est projetée sur un plan de connaissance d’une nature supérieure ou plus complexe. Tout ceci n’a de sens que dans le cadre d’une théorie psychologique qui distingue une hiérarchie de niveau de connaissance (cf. les différents stades piagétiens). Pour Piaget, il y a réfléchissement aussi lorsqu’une connaissance ou théorie devient objet de réflexion. La représentation en pensée de ce qui était auparavant connu sur le plan de l’action seule est un exemple particulièrement net de réfléchissement.

Dans un troisième et dernier temps, la réflexion ou réorganisation sur le nouveau plan revient à une reconstruction. Il est nécessaire de traduire ce qui a été dégagé dans les termes du nouveau plan (c’est ce qui permettra par exemple l’expression d’une formule abstraite). D’autre part, les éléments tirés du plan inférieur sont mis en relation avec ceux qui existent déjà sur le nouveau plan (un concept est comparé à un autre, etc.).

La réflexion enrichit considérablement la connaissance extraite. L’abstraction réfléchissante permet l’obtention d’une nouvelle forme de connaissance (ou instrument de pensée). Selon Piaget, on peut assister à deux types d’effets : soit le sujet crée un nouveau schème (instrument de connaissance) par différenciation, soit il aboutit à « l’objectivation » d’un processus de coordination d’activité : ce qui était instrument de pensée devient objet de pensée élargissant ainsi le champ de conscience du sujet. Ainsi, l’abstraction réfléchissante conduit aussi bien à la construction de formes ou structures de raisonnement que de notions. Il est important de noter que l’abstraction réfléchissante n’est pas nécessairement accompagnée de prise de conscience : nous ne sommes pas toujours conscients des nouveaux instruments de raisonnement que nous utilisons.

Nous venons de définir ces abstractions successivement mais si l’on souhaite analyser le fonctionnement des sujets, il faut tenir compte des liens qu’entretiennent l’abstraction empirique et l’abstraction réfléchissante.

‘« Mais autre chose est de tirer des objets perçus le caractère x, ce qui constitue alors le processus que nous appellerons d’abstraction et de généralisation « simples » (celui qu’invoque l’empirisme classique) et autre chose est de reconnaître en un objet un caractère x pour l’utiliser à titre d’élément d’une structure différente de celle des perceptions considérées, ce que nous désignerons alors du nom d’abstraction et de généralisation « constructives » (ou réfléchissantes) ».77 ’ L’abstraction réfléchissante est décrite comme une abstraction de niveau supérieur à l’abstraction empirique mais il ne faut pas en conclure que le sujet effectue des abstractions empiriques dans un premier temps, puis accède à un niveau de compétences supérieur où il effectue des abstractions réfléchissantes. En effet, toute abstraction empirique nécessite, pour avoir lieu, des cadres de connaissance qui ont été créés grâce à une abstraction réfléchissante préalable. On ne peut connaître les couleurs qu’en établissant des catégories et une sériation des impressions données par les longueurs d’ondes variées des objets perçus. Catégorisation et sériation n’ont pas été tirées de la réalité par abstraction empirique. Le rôle de ces instruments d’organisation des activités ou instruments logico-mathématiques devient de plus en plus important avec le développement cognitif. L’abstraction réfléchissante crée les formes de la connaissance (catégories ou classes, mises en relation) qui rendent possible l’abstraction empirique.

Ces définitions des abstractions nous amènent un éclairage nous permettant de distinguer deux types de propriétés : les propriétés de l’objet (issues d’abstractions empiriques) mais aussi les propriétés liées à l’activité du sujet sur les objets (issues d’abstractions pseudo-empiriques et réfléchissantes). Analysons les abstractions permettant d’identifier la qualité et la quantité.

La qualité Pour extraire un critère qualitatif, une lecture perceptive est pertinente et peut suffire. Cette lecture des propriétés de l’objet correspond à une abstraction de type empirique. Toutefois, l’abstraction réfléchissante permet aussi d’appréhender ce type de critère.

La quantité Pour extraire ce type de critère, deux sortes d’abstractions sont possibles :

l’abstraction empirique au travers d’une lecture perceptive peu satisfaisante pour traiter ce type de critère. Celle-ci atteint rapidement ses limites face à des leurres perceptifs car, à elle-seule, elle ne permet pas la coordination mais nécessite un passage à une abstraction de niveau supérieur. Toutefois, en procédant par abstractions empiriques, le sujet effectue un traitement figuratif de la quantité et considère donc seulement ses manifestations qualitatives. Par exemple, la variation de niveau qui se voit ne nécessite pas de construction. Elle permet d’appréhender la quantité de façon qualitative.

Ainsi, tant que le sujet effectue seulement des abstractions empiriques, il traite tous les critères comme des qualités.

l’abstraction pseudo-empirique qui représente une avancée dans la construction de l’opérativité. C’est grâce à elle que le sujet pourra amorcer un début de coordination. Cette coordination ne sera toutefois totale que lorsque le sujet effectuera une abstraction de niveau encore supérieur : l’abstraction réfléchissante.

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