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Préjugés, stéréotypes, discriminations sexistes : Comprendre pour agir

lundi 7 septembre 2015, par classedu

Comment faire face concrètement, aujourd’hui, aux préjugés sexistes, au collège et au lycée ? Dans un climat tendu, où les propos des enseignants font l’objet d’un examen suspicieux, pas facile de trouver le ton juste, sans heurter les convictions ni se limiter aux images anecdotiques. Pour les professeurs qui doivent à la fois assurer leur enseignement, faire face à des situations concrètes qui demandent une réponse rapide et efficace, et rendre compte des présupposés de leurs propos, trouver l’attitude adaptée relève de la gageure. Hugues Demoulin, docteur en psychologie sociale, chargé de mission pour l’égalité entre filles et garçons dans l’académie de Rouen, propose, dans un ouvrage remarquablement éclairant, quelques outils pour mieux comprendre comment mener une éducation à l’égalité filles-garçons dans le cadre scolaire, par une démarche de fond qui dépasse l’action occasionnelle. Un point de départ précieux pour construire de solides projets scolaires contre les discriminations.

Droits de la personne vs habitudes sociales

Pour Hugues Demoulin, les principes d’égalité, mixité et parité font l’objet d’un consensus républicain, mais leur mise en œuvre suscite de vifs débats, liés en partie à la confusion qui règne en ce domaine. La psychologie et la sociologie ne sont pas elles-mêmes en accord, remarque-t-il, tant leurs approches spécifiques diffèrent : la première tend à naturaliser ce que l’autre analyse en termes de construction. Les enseignants, de leur côté, qui n’ont pas nécessairement de formation approfondie à ce sujet, ont surtout besoin de concepts éclairants : ils sont confrontés directement à la pratique. C’est à quoi s’emploie l’ouvrage que publie Hugues Demoulin aux éditions Canopé, "Égalité, mixité : état des lieux et moyens d’action, clarifier et distinguer pour comprendre afin d’agir". Loin de la polémique sur la notion de genre, qui a secoué l’opinion l’an passé, il présente une explication sereine, précise et magistralement éclairante des repères notionnels qui permettent de s’orienter dans ce domaine sensible.

Distinction entre égalité des droits, des chances et des capabilités, tout d’abord, pour éviter une confusion qui tend à rendre les victimes coupables des discriminations ; entre domaine juridique et action politique, ensuite, entre parité et mixité dans le domaine scolaire, entre genre et sexe, enfin. Comprendre de quoi l’on parle, pour saisir les faits et les interpréter correctement, afin de mieux cerner les finalités de la démarche, propose l’auteur : la question de genre met en cause l’ordre social et le système d’éducation qui contribue à le proroger. Il est utile de se questionner sur la légitimité d’une démarche qui opère dans un domaine de luttes encore conflictuelles (domaine des droits LGTB, par exemple) et qui heurte des préjugés récurrents. L’enjeu est de mesurer l’importance que l’on accorde à l’accomplissement des personnes, face à une exigence d’intégration sociale qui sacrifie volontiers les possibilités au nom de la préservation des habitudes sociales.

Quelle pédagogie pour l’égalité ?

Question d’agir ensuite : comment mettre en œuvre une pédagogie pour l’égalité ? Quelles sont les ressources à mobiliser et les activités à mettre en œuvre ? Hugues Demoulin examine quelques axes de réflexion et d’évolution. La déconstruction des stéréotypes, d’abord : catégories cognitives, ils relèvent de croyances acquises que l’on prend pour des savoirs informatifs (par exemple : « les garçons ont besoin de se dépenser physiquement »). Ils sont à distinguer des préjugés, attitudes évaluatives (généralement négatives) et des discriminations, qui sont des conduites pratiques n’impliquant pas une position de pensée particulière : on peut appliquer une politique de discrimination sans partager de préjugés. La question est de chercher comment éviter d’activer ces stéréotypes dans l’éducation, sachant qu’ils sont ancrés profondément dans l’imaginaire collectif. Un autre axe de réflexion porte sur les « minoritaires de genre », c’est-à-dire les élèves fortement minoritaires (en tant que filles ou garçons) dans leur environnement d’études ou de formation. Enfin, la réflexion sur les « compétences psycho-sociales » permet de s’interroger sur la manière dont les assignations de genre influent sur les capacités des élèves à développer des capacités nécessaires à leur bien-être.

Tous ces éléments incitent, comme le conseille l’auteur, à se pencher sur les manières de faire évoluer l’approche du genre à l’école, dans une perspective inter-disciplinaire et transversale, qui peut aussi faire intervenir la gestion des ressources humaines, le lien avec les parents ou les effets croisés du genre et de la culture. Comme le souligne Hugues Demoulin, c’est dans la vie quotidienne que les inégalités se naturalisent, c’est par l’éducation qu’elles peuvent se déconstruire.

Jeanne-Claire Fumet

Voir en ligne : Suite de l’article sur le Café Pédagogique

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