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La Semaine et la discrimination raciste à l’Ecole

lundi 16 mars 2015, par classedu

Cette année encore l’Ecole va mollement célébrer, du 16 au 21 mars, la Semaine d’éducation contre le racisme et l’antisémitisme. A la suite des instructions officielles, il y aura différents prix, des projets pédagogiques, des exposition ici ou là. Pourtant l’Ecole n’échappe pas à la discrimination raciale même si le mot fait peur. Mais elle préfère ne pas le voir.

Levons d’emblée un doute. Les acteurs du système éducatif, à commencer par les enseignants, sont certainement parmi les moins susceptibles d’être imprégnés d’idées racistes. Cette idéologie est exactement l’antithèse des bases du métier d’enseignant. Certes l’extrême droite a réussi à constituer un petit groupe de sympathisants enseignants. Mais ce n’est certainement pas en affichant le racisme.

Pourtant le système éducatif est parfaitement discriminatoire. C’est ce que nous dit Pisa 2012. En France les résultats scolaires sont liés plus qu’ailleurs à l’origine ethnique indépendamment de la situation sociale. A situation sociale comparable, selon l’OCDE, on observe un fort écart entre les résultats d’un autochtone et d’un allochtone. Et cela même pour la seconde génération. Des études, comme les travaux de G Felouzis confirment le phénomène. " La ségrégation scolaire se construit en grande partie sur des critères ethniques car le choix de l’établissement et l’évitement de certains collèges se fait à partir des caractéristiques externes et visibles du public des établissements", nous disait-il en 2014. "Et dans ce cas, le critère ethnique devient très fort... La ségrégation en fonction de l’origine ethnique des élèves est bien plus marquée qu’en fonction de leur origine sociale ou économique. Et cette mise à l’écart est un facteur déterminant de leur piètre acquis scolaires relativement aux natifs".

Mais il n’y a même pas besoin des statistiques de l’OCDE pour constater la discrimination. Chacun peut constater comment des filières, des établissements concentrent les "minorités visibles". En visite, le 7 mars 2015, au lycée d’Alembert à Paris, la ministre aurait pu constater que dans une classe de bac pro "Accompagnement, soins et services à la personne" tous les élèves sauf un sont des filles et 24 élèves sur 26 appartiennent à une seule "minorité visible". En avril 2013, G. Pau Langevin, ministre de la réussite éducative, ne s’était pas voilé la face. "L’école qui est pétrie de morale laïque, qui veut lutter pour l’égalité se retrouve en train de laisser perdurer des situations de discrimination", disait-elle. "On n’a qu’à aller en lycée professionnel voir les jeunes qui y sont et on comprend pourquoi pour eux ça correspond à une logique discriminatoire. Visuellement on a une impression de mécanisme discriminatoire alors que la discrimination est totalement bannie du système éducatif".

S’attaquer à la discrimination suppose que ses mécanismes soient mis à nu. Une des grandes avancées de Georges Felouzis c’est justement de montrer le caractère systémique de cette discrimination. Elle ne résulte pas de la distance culturelle entre ces minorités et l’Ecole, comme le veut une sociologie traditionnelle. Elle est produite par le système. Un autre sociologue, Fabrice Dhume montre que, du coup, la situation est complexe. " On a tendance à confondre la question de la discrimination dans une question de racisme et à l’aborder du point de vue des questions de mentalités, d’idéologie. L’approche anti-raciste entre, si on peut dire, par en haut, par les côtés « idéels ». La question discriminatoire entre plutôt par en bas, par la question des pratiques : est-ce qu’on traite tout le monde de la même manière ? La réponse est non", explique F Dhume.

La meilleure façon de célébrer cette journée est justement de s’intéresser à ces mécanismes et à en prendre conscience. Ne cherchez pourtant pas dans les instructions officielles sur cette Semaine de pistes pour mettre à nu ces mécanismes...Pour nous, agir pour cette Semaine d’éducation contre le racisme et l’antisémitisme cela sera participer à la Journée de la Fraternité à l’Ecole le 21 mars. Une journée républicaine qui mettra à nu les mécanisme discriminant dans la machine éducative et qui dotera les enseignants des outils pédagogiques pour construire la collaboration et le vivre ensemble dans sa classe.

François Jarraud

Voir en ligne : Un édito de François Jarraud - Le café pédagogique

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