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La pédagogie Steiner-Waldorf

vendredi 22 juin 2007, par classedu

- La pédagogie Steiner-Waldorf, basée sur les théories éducatives de Rudolf Steiner, est une des applications les plus connues de l’anthroposophie fondée par celui-ci.

- Cette pédagogie est pratiquée dans les écoles Steiner, écoles privées qui comptent environ 1 000 sites dans le monde, majoritairement en Europe et en Amérique du Nord, dont environ 200 sites en Allemagne. Elles sont aussi connues sous le nom d’écoles Waldorf. Ces écoles cherchent à équilibrer les matières intellectuelles avec les matières artistiques et manuelles en suivant l’évolution de l’enfant.

- Ayant été actif notamment en tant que précepteur de 1884 à 1890, Rudolf Steiner, après avoir posé les fondements de l’anthroposophie, formalise à partir de 1906 ses idées sur l’éducation. Ces idées restent pendant dix ans au niveau théorique. En 1919, il donne des conférences sur la triple organisation du corps social auxquelles assistent des ouvriers de l’usine de cigarettes Waldorf-Astoria, à Stuttgart, dans le Sud-Ouest de l’Allemagne. Suite à ces conférences Steiner est sollicité pour créer une école dans laquelle serait pratiquée une pédagogie qui mettrait ses bénéficiaires sur la voie d’acquérir les aptitudes psychiques nécessaires pour penser et mettre en œuvre ces nouvelles idées sociales. La première « Libre école Waldorf » est inaugurée le 7 septembre 1919, et accueille essentiellement les enfants de ces familles ouvrières pour un cycle d’études de 12 années.

- Le cursus pédagogique est divisé en trois cycles qui correspondent à l’incarnation successive des différents corps subtils décrit par Steiner :

- jusqu’à 7 ans, le jardin d’enfant de 7 à 14 ans, premier cycle, les « petites et moyennes classes » de la première à la huitième classe de 15 à 18 ans, deuxième cycle, les « grandes classes » de la neuvième à la douzième classe Certain cours, du type « cours principal » sont organisés en « périodes », cela consiste à étudier la même matière (français, mathématiques, histoire etc.) pendant 3 ou 4 semaines, environ 2 heures, tous les jours de la semaine. Dans le premier cycle, en général, tous ces cours sont dispensés par le même professeur, dit « professeur principal » qui enseigne toutes les « matières principales ». Les autres disciplines sont souvent données par d’autres professeurs spécialisés. Les élèves ne redoublent pas, il n’y a pas non plus d’examens ou de notes, mais des appréciations écrites détaillées pour orienter élèves et parents.

- Jardin d’enfant : Le « jardin d’enfants » correspond à la pré-maternelle et la maternelle, de 3 à 6 ans. L’imitation et le jeu sont considérés comme les aspects les plus importants de cette tranche d’âge jusqu’à sept ans. L’imitation de l’adulte par l’enfant développe la confiance en soi. Les jeux libres permettent à l’enfant de développer sa sensorialité, et déployer son initiative personnelle tout en imitant.

Le « jardinier » ou la « jardinière » doit équilibrer le jeu libre et les activités dirigées et associer l’enfant à toutes les activités de la vie de tous les jours : en préparant ensemble les goûters et en rangeant la pièce après les jeux, la coopération et le sens des responsabilités sont sollicités.

En règle générale, le matin, les activités artistiques alternent avec des périodes de jeux libres. Les promenades et les jeux extérieurs suivent le rythme naturel des saisons, de même les activités quotidiennes sont ponctuées par le rythme des fêtes saisonnières. Chaque jour, la ronde rassemble les enfants pour « dire, chanter et danser les saisons », de façon à stimuler le sens du langage et de la musique.

- Premier cycle : Le cycle des petites et moyennes classes se situe entre 7 ans et 14 ans. L’établissement d’une relation de confiance avec le professeur étant jugée primordiale à cet âge, le professeur titulaire suit si possible le même groupe d’élèves pendant ces 8 premières années, afin de veiller à la continuité du développement de chaque élève. Il assure l’enseignement principal portant sur le calcul, l’écriture, la lecture, la langue maternelle, les sciences de la nature, l’histoire-géographie et la physique-chimie. L’enseignement des matières complémentaires est donné par des professeurs spécialisés.

Dans les premières années, l’enseignement est avant tout oral, imagé et artistique, les manuels scolaires classiques ne sont pas utilisés, les livres sont interdits, l’enseignant est rendu complètement responsable de la conduite du travail : il doit être créatif, agir en artiste. L’introduction à l’écriture, à la lecture et au calcul se fait progressivement à l’aide d’objets et d’images tirés de contes, légendes, fables et histoires d’animaux. L’enfant fait d’abord les choses avant de les aborder, plus tard seulement, par l’abstraction lorsque la maturité nécessaire est atteinte avec la naissance du Moi à la puberté. Tous les matins, la journée commence par l’allumage de la bougie, qui est parfois situé sur un autel de la nature, et par la récitation d’une prière, bras croisés sur la poitrine.

- En quatrième classe, la pédagogie Steiner considère que l’enfant fait l’expérience intérieure de sa séparation avec le monde. C’est à cet âge qu’on enseigne la mythologie nordique, avec ses drames et sa mélancolie des grandeurs, qui reflète son expérience intérieure. Il est alors prêt à étudier les fractions en arithmétique et à observer son environnement, l’homme et les animaux.

- En cinquième classe (11 ans), l’élève apprend l’histoire des grandes civilisations passées et est encouragé à observer le monde des plantes.

- C’est en sixième classe (12 ans) que l’enfant aborde la civilisation romaine, et le système juridique qui nous en est resté, avec l’art du débat démocratique, puis les grandes invasions jusqu’au Moyen Âge. Les sciences telles la minéralogie, la géographie, la physique, l’acoustique, l’optique, la chaleur, l’électricité peuvent être abordées à cet âge afin de répondre au besoin de l’enfant de s’ouvrir à la relation de « causalité ».

- En 7e et 8e classes (13, 14 ans), au moment de la puberté, la naissance du Moi, l’amène à s’intéresser davantage au monde social, à l’humanité entière. Il est alors considéré comme prêt à aborder des apprentissages plus abstraits. Le maître présente alors les grandes découvertes et les inventions du monde moderne, les conditions matérielles et économiques des sociétés. L’étude des processus naturels se poursuit parallèlement avec la chimie et la biologie, tout en approfondissant la physique.

- Ce cycle s’achève en général avec l’organisation et la représentation d’une grande pièce de théâtre du répertoire classique à laquelle est conviée toute l’école à la fin de l’année. Ce projet fait converger dans les arts (parole, musique, décors, costumes...) les acquis des années antérieures.

- Deuxième cycle : Les quatre années des « Grandes Classes », c’est-à-dire de la 9e (15 ans) à la 12e (18 ans) constituent la fin de scolarité dans ces écoles. L’élève est amené à approfondir progressivement sa compréhension du monde et à affiner l’outil de la pensée qui permet de s’y mouvoir en toute autonomie. À cet âge, la dualité morale et l’opposition théorie et pratique sont encore puissantes : on l’invite à créer des liens entre le côté pratique des technologies d’une part et leurs conséquences sociohistoriques, d’autre part.

- En 10e (16 ans), l’élève est invité à s’interroger sur son origine. Il est rendu attentif au fait que des lois idéelles sont à l’œuvre partout dans le monde et il apprend à se situer dans sa liberté par rapport à elles, grâce notamment à la poésie.

- En 11e classe (17 ans), l’élève est amené à répondre à l’interrogation qui le touche le plus intimement : « Qui suis-je ? ». Puisque sa pensée s’est affinée, il est en mesure d’analyser et de chercher à mettre en cohérence son être intérieur et sa position dans la vie et dans l’action . L’étude du mythe de Perceval est l’un des contenu d’étude typique de cette classe.

- En 12e classe (18 ans), on va chercher dans l’ensemble des matières, à amorcer un geste de synthèse conduisant à un vécu intense de la cohérence idéelle du monde et de la place centrale de l’homme au sein de l’univers. L’étude du mythe de Faust est souvent utilisée dans ce sens.

- Dans beaucoup d’écoles, la scolarité s’achève avec la présentation d’un « Chef-d’œuvre », réalisation individuelle sur un thème choisi par l’élève.

(...)

- Fondements pédagogiques : Cette pédagogie est fondée sur l’anthropologie spiritualiste cosmique de Steiner, « Pour connaître la nature de l’homme en devenir, il faut avant tout se fonder sur l’observation de la nature cachée de l’être humain ». Selon Steiner, la formation de l’élève est en même temps un processus d’incarnation. Selon cette pédagogie, l’enfant et l’adolescent se développeraient selon des cycles de sept années où les changements physiques vont de pair avec des métamorphoses plus profondes correspondant aux "naissances" successives des constituants de l’être humain (corps éthérique, corps astral, moi.) qui seraient visibles par clairvoyance.

Steiner considère que jusqu’à sept ans le corps éthérique se constitue et s’autonomise progressivement, l’enfant est alors dans une phase d’imitation, où il est important de développer sa sensorialité. Il entre ensuite jusqu’à la puberté dans une phase où il doit être nourri par un enseignement fortement imagé qui accompagne l’édification du corps astral. Le pôle du sentiment y est particulièrement soigné grâce à la production artistique, dans un climat de confiance. À partir de quatorze ans, il accède à la pensée abstraite avec la naissance progressive de l’individualité consciente et pensante qui lui permettra d’atteindre la maturité intellectuelle et un jugement libre. Le rôle de l’enseignant est d’équilibrer ces processus d’édification en agissant sur les forces spirituelles notamment par le choix et la durée des matières enseignées, chacune stimulant plus ou moins l’aspect "spirituel/cosmique" ou "matériel/terrestre". Par exemple, un enfant chez qui l’organisation cosmique prédomine, repérable par la beauté plastique de son visage, devrait faire de l’histoire et de la géographie alors qu’un enfant terrestre devrait être "spiritualisé" avec de l’eurythmie. La notion de tempérament, considérée comme l’expression de modes de relation entre le psycho-spirituel et le physico-corporel, est utilisée aussi comme une clé importante pour orienter de façon plus individuelles les pratiques éducatives. Les enfants sont classés selon la théorie antique des 4 humeurs (mélancolique, flegmatique, sanguin, colérique), ce qui détermine la place de l’élève dans la classe ainsi que son rôle dans certaines activités. Un mauvais équilibre des forces spirituelles pourrait engendrer un criminel ou au contraire un rêveur. Le principe du karma joue aussi un rôle important dans l’éducation de l’enfant.

- Les enseignants reçoivent une formation spécifique de deux à trois ans dans des centres de formation pédagogiques anthroposophiques consistant principalement en un approfondissement de la doctrine anthroposophique, et en une sensibilisation aux disciplines artistiques, afin de favoriser les capacités d’autonomie dans le travail pédagogique et la créativité, qui sont considérées comme primordiales pour un éducateur. Les enseignants sont plutôt recruté pour leur caractère exemplaire (« charisme ») que pour leur formation universitaire[4]. Il existe environ une trentaine de centres de formation à la pédagogie Steiner dans le monde.

(...)

- Différentes études en Allemagne comme en Angleterre attestent des bons résultats des élèves de ces écoles. Ce point doit cependant être nuancé par le fait que le niveau socio-culturel des familles d’enfants scolarisés dans ce système est, en Allemagne tout au moins, supérieur à la moyenne nationale.

- Quelques spécificités des enseignements : Une grande importance est accordée aux mythologies qui sont enseignées à des âges bien précis comme des valeurs fondatrices de cultures et de civilisations, capables de nourrir chaque phase de développement de l’enfant. Elles ne sont pas considérées comme des ensembles d’histoires imaginaires mais comme des vérités historiques tout comme le serait l’existence des êtres élémentaires comme les lutins, les trolls, les gnomes et les sylphes et aussi les anges. Les écoles tentent d’équilibrer les matières purement académiques avec les enseignements artistiques et les activités pratiques et accordent ainsi une grande importance aux apprentissages manuels et artistiques. Dès la maternelle, l’enfant est associé aux activités quotidiennes de la vie telles que la fabrication du pain. Les objets utilisés pour le jeu sollicitent l’imagination, étant très simples et inachevés : coquillages, pierres, laine, morceaux de bois. Toutes les poupées et jouets sont faits à la main par les enfants et par les maîtres. Le curriculum réserve une place importante à l’enseignement de l’art comme l’aquarelle, le dessin, le modelage, le chant, la musique, les sujets sont généralement imposés, particulièrement dans les petites classes où l’élève doit copier ce que fait le professeur. Une autre part importante consiste à faire des travaux manuels comme le tricot et la couture. En science, l’accent est mis sur l’aspect pratique, surtout dans le premier cycle où l’enfant est jugé incapable de manipuler des concepts abstraits. Pour Steiner, l’enfant de moins de 12 ans ne peut pas comprendre la relation de causalité. Les mathématiques ont un statut particulier, car tenus en haute estime par Steiner, qui disait que lorsqu’on les étudie, des anges se promènent dans la classe, un bon enseignement des mathématiques selon la doctrine de Steiner développerait à l’age adulte un sens moral qui sinon ferait défaut. Les autres discipline posent parfois problème lorsqu’elles sont en contradiction avec les écrits de Steiner, notamment en biologie et en physique. Certaines théorie obsolètes sont parfois enseignées comme la botanique et la théorie des couleurs de Goethe ou le fait que selon Steiner, le cœur ne soit pas une pompe et que le sang avance tout seul. L’enseignement du sport associe des disciplines sportives habituelles et y ajoute à quelques écoles une forme particulière d’éducation physique connue sous le nom de « gymnastique Bothmer » qui vise à équilibrer la personne selon des principes anthroposophique. L’eurythmie, encore appelée « chant visible », est une forme de danse artistique enseignée dans les école Steiner. Selon Steiner, faire de l’eurythmie permet de préparer son corps à recevoir les mouvements du monde spirituel, le regarder permet d’intensifier le corps astral et le Moi[ avec des effets bénéfiques dans le domaine de l’acquisition de la latéralisation, de l’aisance de la maîtrise du mouvement, mais aussi dans la stimulation de la vitalité psychique et intellectuelle. Les écoles Waldorf sont non-confessionnelles, laïques afin de respecter toutes les formes de religion et de spiritualité permettant ainsi à tous les enfants de les fréquenter, quelles que soient leurs origines culturelles ou religieuses, toutefois la foi en la réincarnation est essentielle dans la pédagogie Steiner, il recommande de l’enseigner indirectement par l’image aux élèves.

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- Critiques de la pédagogie Steiner-Waldorf

Heiner Ullrich résume une partie du débat ainsi : « Les uns soulignent la pratique positive d’une éducation « complète » adaptée à l’enfant et passent sous silence l’anthropologie métaphysique de Steiner. Les autres critiquent justement sans merci cette néomythologie occulte de l’éducation et mettent en garde contre les risques d’endoctrination qui en découlent (« école où est enseignée une conception du monde ») leur insistance sur ce point les empêchant de juger impartialement les multiples facettes de la pratique steinérienne. La position des critiques idéologiques est encore confortée par l’assertion des pédagogues anthroposophes selon laquelle toutes les normes et toutes les formes de leur pratique éducative procèdent de l’anthropologie « cosmique » du maître. »

(...)

- Après la création de la première Libre école Waldorf, le mouvement pédagogique s’étend dans les années 30 en Allemagne et dans plusieurs pays d’Europe. Cependant, en raison de leur antinomie fondamentale avec toute conception réductionniste de l’être humain et de la vie, et de leur refus de toute inféodation idéologique, les écoles Steiner-Waldorf seront interdites par les régimes Nazi. Après la guerre, on assiste à la réouverture des établissements Waldorf, le mouvement gagne toute l’Europe de l’ouest et s’étend progressivement à tous les continents, en Amérique, Australie et dans les pays d’Afrique devenant le plus grand réseau scolaire indépendant au monde. Ces dernières années, il s’est particulièrement développé dans les pays d’Europe de l’Est où il était précédemment interdit. Aujourd’hui, il existe 921 écoles Waldorf dans le monde, dont 645 en Europe. En France, il existe en France une vingtaine d’écoles Steiner-Waldorf, certaines sont sous contrat d’association avec l’État, d’autres sont hors contrat. La plupart sont des jardins d’enfants et des écoles primaires. Seules cinq d’entre elles mènent jusqu’au lycée : deux en Alsace (à Wintzenheim et Strasbourg, deux en région parisienne (à Chatou (école Perceval) et Verrières-le-Buisson) et une à Avignon. Les écoles Steiner-Waldorf de France ont été placées dans une position difficile à la suite du rapport interministériel français (MILS, 1999) sur « les sectes et l’argent » qui classa l’anthroposophie dans les mouvements sectaires. Outre les tarifs des scolarités, ce rapport reprochait aux écoles leurs choix pédagogiques reportant certains apprentissages après l’âge de sept ans, et accusait les écoles de maltraitance. Suite à ces allégations, quatorze des dix-sept écoles Steiner françaises furent inspectées simultanément le 14 décembre 1999. Aucune mesure n’a été prise contre les écoles suite à ces inspections ; Jack Lang, alors ministre de l’éducation écrit en juillet 2001 que les contrôles n’ont pas révélé de pratiques à caractère sectaire.

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