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L’effet pygmalion

mercredi 23 février 2005, par classedu

« L’effet pygmalion », dans l’éducation et l’enseignement, a été révélé la première fois aux lecteurs français grâce à la présentation par le professeur H. Péquignot d’un ouvrage de deux chercheurs américains, Robert A. Rosenthal et Lenore Jacobson : Pygmalion à l’école (éditions Caster-man, collection Orientations E3).

Dès l’avant-propos, les deux auteurs s’expliquent clairement et, à partir d’un simple constat de la vie quotidienne qu’ils rapportent ensuite à l’éducation, démontrent « comment l’attente d’une personne à l’égard du comportement d’une autre personne peut, tout à fait inconsciemment, se révéler exacte du simple fait qu’elle existe ». Tout le travail porte donc sur cette constatation que, le plus souvent, les gens font effectivement ce que l’on attend d’eux, que leurs attitudes se révèlent conformes ou se conforment d’elles-mêmes à nos souhaits, nos opinions préconçues ou nos propres prédictions. Les deux chercheurs ont donc voulu établir cette « réalisation automatique » de nos propres désirs dans le domaine de l’enseignement et sont partis de la question (terriblement dérangeante !) de savoir si « l’attente d’un enseignant à propos de la capacité intellectuelle de ses élèves peut devenir une prophétie pédagogique qui se réalise automatiquement ».

Concrètement, l’expérience menée a été la suivante : 20 % des enfants d’une école élémentaire furent présentés à leurs maîtres comme capables d’un développement particulièrement brillant ! En fait, les noms de ces élèves avaient été tirés au sort. Or, huit mois plus tard, le Q.I."> de ces enfants présentés comme de bons élèves avait augmenté d’une façon beaucoup plus sensible que celui du reste de leurs camarades non signalés à l’attention des enseignants. C’est-à-dire que — et c’est le résultat de l’expérience — le changement d’attitude des maîtres à propos des performances intellectuelles des enfants soi-disant bons au départ avait provoqué chez eux des progrès intellectuels réels » » !

En un mot, le préjugé des enseignants sur les potentialités intellectuelles des élèves est déterminé par plusieurs facteurs. Avant même qu’un maître ait eu le temps d’évaluer un élève il a déjà, au départ, un préjugé sur son comportement scolaire ; le maître a son idée personnelle et préconçue sur la réputation d’un enfant. Ce qui a donc été testé ici, c’est l’hypothèse selon laquelle les préjugés favorables des maîtres pouvaient entraîner un accroissement (établi par l’augmentation plus sensible du Q.I.) de la valeur intellectuelle des élèves. On aboutit donc à une radicale remise en cause du jugement du pédagogue sur son élève grâce à une perception plus claire d’une relation pédagogique faussée du fait que l’enseignant prend vis-à-vis de l’élève une attitude normative. L’idée en elle-même n’est pas nouvelle et Alain lui-même l’avait, à sa façon, exprimée dans ses « Propos » : « Et l’on ne peut presque pas instruire sans supposer toute l’intelligence possible dans un marmot. »

Et, plus loin encore : « (...) Je tiens comme principe des principes, qu’il faut ouvrir un large crédit et chercher le bien, c’est-à-dire présupposer le bien. Celui qui espère beaucoup de l’homme est le mieux servi. Si je me demande pourquoi, j’aperçois aussitôt le point sensible de l’homme. Car il est vrai que l’opinion injuste ou soupçonneuse le rend lui-même injuste et soupçonneux (...). Il y a une manière d’interroger qui tue la réponse. S’il est clair que le maître n’attend rien de bon, l’enfant se laisse tomber au niveau le plus bas. Au contraire, attendre une bonne réponse, et l’espérer de tout son cœur, c’est la vraie manière d’aider. »

Un dernier mot : pourquoi Pygmalion, ce personnage de la mythologie grecque ? Ovide raconte que Pygmalion, rebuté par les femmes, avait sculpté lui-même une merveilleuse statue (de femme) dont il avait fini par tomber amoureux ! Nous y sommes bien : nous refusons les autres tels qu’ils sont réellement et nous préférons mille fois les voir tels que nous les voudrions. Et il en va de même avec nos élèves ; l’idée que nous nous en faisons avant de les connaître vraiment est malheureusement déterminante quant à leurs résultats ! A méditer impérativement.

P.-S.

Extrait du journal La classe, 02/1992

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