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Des approches de l’apprentissage de la lecture, Michel Fayol

samedi 21 juillet 2012, par classedu

Michel Fayol, professeur des Universités et membre de l’Observatoire National de la lecture, explique la complexité l’apprentissage de la lecture et l’état des recherches en la matière. Michel Fayol explique : "La phase d’apprentissage de la lecture doit être préparée en amont : elle se situe dans une dynamique qui porte sur la compréhension, le traitement de l’oral, la connaissance et la manipulation des lettres".

La lecture est une activité complexe. Mais qu ’est ce que lire ?

C’est une activité de compréhension qui s’exerce sur un support qui n’est pas « naturel » : l’écrit. Les enfants doivent apprendre à mener conjointement l’activité de compréhension et une activité de traitement de signes écrits qui est elle-même à apprendre. Pour ce faire, l’enfant doit régler trois problèmes : acquérir le principe alphabétique (les correspondances graphèmes-phonèmes), mémoriser un certain nombre de configurations orthographiques pour lire plus vite et consacrer enfin l’essentiel de l’attention à la compréhension du texte lu. Ces trois éléments sont toujours impliqués dans la lecture mais leur poids respectif change en fonction du niveau scolaire et de la compétence de lecteur.

Quelles sont alors les activités que l’école peut mettre en place pour que l’enfant comprenne le fonctionnement du langage écrit ?

Il y a tout d’abord tout ce qui relève de l’oral et qui doit être travaillé pour en quelque sorte acculturer l’enfant à l’écrit, de la maternelle jusqu’à l’école élémentaire : le lexique, la syntaxe, les formes textuelles. De plus, l’enfant doit comprendre que la parole peut être scindée en petites unités sonores (les phonèmes) qui font l’objet d’un recodage à l’écrit par les graphèmes, ce qui correspond au principe alphabétique. Certaines, comme les syllabes, sont très faciles à percevoir, d’autres, comme les rimes, sont plus complexes d’où la nécessité de proposer aux enfants des activités de manipulation. Enfin, le phonème ne s’acquière que progressivement au cours de et grâce à l’apprentissage de la lecture. C’est à ;e moment que l’enfant comprend qu’à chaque configuration de lettres, on peut associer une configuration sonore. Les enfants passent ainsi d’un usage du langage oral à la prise de conscience que ce langage peut être traité comme un objet à regarder, à analyser, à décomposer et recomposer. La phase d’apprentissage de la lecture au CP est intense et doit donc être préparée en amont : elle se situe dans une dynamique qui porte aussi bien sur la compréhension, le traitement de l’oral, la connaissance et la manipulation des lettres.

Et par la suite au cours du cycle II et III, quels automatismes développe l’enfant lecteur ?

Là où au début les choses se font pas à pas, chaque lettre associée à un phonème puis ces derniers fusionnés entre eux au fur et à mesure, l’activité même de lecture entraîne que des blocs de lettres sont mémorisés et notamment les plus fréquents ; ainsi, plus les lettres apparaissent ensemble dans une même configuration, plus l’enfant mémorise et traite ensemble et de plus en plus rapidement ces blocs de lettres. Au lieu de les déchiffrer à chaque fois, les enfants peuvent peu à peu les lire en un coup d’œil. Ceci permet d’une part l’accélération de la lecture et de la compréhension et d’autre part l’acquisition de nouvelles unités de traitement qui rendent par conséquent le traitement des mots encore plus automatique ce qui libère de l’attention pour une meilleure compréhension. De fait, ceux qui lisent bien lisent de mieux en mieux.

Existe t-il un seul chemin apprendre à lire ?

Il est sage de dire qu’aujourd’hui nous ne savons pas bien si certaines approches sont nettement plus sûres que d’autres. Est-ce qu’il faut par exemple insister sur les correspondances graphèmes-phonèmes au tout début du CP de manière massive pour monter des automatismes en décrochant de la compréhension un peu comme on fait des gammes ? Ou bien est ce qu’il faut essayer de ne jamais décrocher l’activité de compréhension de l’activité de traitement des phonèmes-graphèmes en trouvant des situations simples dans lesquelles le traitement sera forcément simplifié pour mettre en évidence la manière dont le code fonctionne en relation avec la compréhension ? Je ne crois pas qu’aujourd’hui les données scientifiques dont on dispose permettent de répondre clairement en faveur de l’une ou de l’autre de ces possibilités. Bien sûr les maîtres font plus ou moins l’une ou l’autre, parfois les deux à des moments différents, et ils réussissent parce que la pratique est parfois en avance sur la théorie. Il faudrait s’interroger empiriquement et calmement, notamment en se demandant si des enfants différents ne réagissent pas différemment à des approches elles-mêmes différentes.

P.-S.

Extrait de l’entretien avec Miche Fayol :« Est-ce que des enfants différents ne réagissent pas différemment à des approches elles-mêmes différentes ? » Paru dans fenêtres sur cours, Snuipp.fr

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