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Stéphane Bonnery : "comprendre l’échec scolaire"

mercredi 12 mai 2010, par classedu

Vous remettez en cause le vocable « élèves en difficultés » au même titre que l’ancien « handicap socio-culturel » . Quel vous semblerait la manière correcte de nommer ces élèves qui n’arrivent pas à maîtriser les savoirs requis par l’Ecole ?

Oui, le mot peut empêcher de comprendre exactement leurs difficultés. Dans mon jargon, je dis qu’on « substancialise », qu’on « essentialise » le problème, comme si les difficultés étaient une caractéristique par nature portée par ces élèves. Dire au contraire que ce sont des élèves qui nous donnent du fil à retordre dans les apprentissages modifie la manière de penser la situation. Mon enquête veut se pencher surtout sur les élèves qui cumulent les difficultés (identitaires, langagières) qui font que l’Ecole leur est opaque, et qu’ils vont rapidement être orientés. Je les ai suivis pendant deux ans, entre le primaire et le collège. Ils n’ont pas de « déficience », mais regarder de près leurs difficultés peut nous permettre de mieux comprendre comment ceux qui ne partagent pas les évidences scolaires peuvnet devenir progressivement « révoltés ».

Vous reprenez à votre compte le concept de « malentendus socio-cognitifs » ?

L’idée de « malentendu » est très utile pour analyser les difficultés qui se jouent sur le plan des apprentissages intellectuels, quand celles-ci relèvent d’incompréhensions liés à l’écart entre les évidences de l’école et la culture de l’élève. C’est socialement situé. J.-Y. Rocheix et E. Bautier, dans la suite de B. Charlot, distinguent notamment une posture du « travail d’apprenant » et une posture du « métier d’élève » : être conforme aux consignes, faire docilement ce qu’on demande, sans imaginer que l’enseignant attend une appropriation d’un savoir. Certains élèves se mettent à penser que « toute peine mérite salaire », indépendamment qu’ils aient ou non acquis un savoir. Quand on fait découper des étiquettes pour les mettre dans l’ordre, l’élève ne sait pas forcément pour apprendre quoi. J’y ajoute deux dimensions :
- la posture de « résistance » pour les élèves qui font tout pour casser là où ils passent (en classe-relai par exemple), lorsque les élèves sont déçus de voir que leur posture de « conformité » ne suffit pas pour qu’ils apprennent. Pour eux, le travail devient « infaisable ». Donc, en manifestant son opposition, l’élève reprendra une place dans le jeu, au lieu de rester sous la dépendance de l’enseignant qui devient vécu comme un « ennemi ».
- l’écolier s’inscrit-il dans l’école comme « enfant », comme « élève » membre d’un groupe de vie, ou en tant qu’ « apprenant » des savoirs scolaires ? Si chacune est évidemment légitime, seuls ceux qui seront capables de circuler entre ces trois postures réussiront à l’Ecole. Une des questions importante de savoir comment l’enseignant peut les y aider, en faisant la lumière sur ce que demande un apprentissage scolaire.

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