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Bautier et Rayou : "les enseignants sont pris dans des logiques multiples"

mercredi 12 mai 2010, par classedu

On peut faire remonter aux années 1970 l’origine de la question des "inégalités scolaires". Avant, globalement, les élèves qui ne rentrent pas dans la « réussite scolaire » sont dirigés vers d’autres voies que l’Ecole. Rappelons qu’en 1975, plus d’un Français sur deux est non-diplômé, et qu’un jeune sur trois sort de l’Ecole sans diplôme (11% en 1990, 7% en 2000). Or, les besoins de l’économie (et l’ambition que peut avoir une société pour sa jeunesse !) imposent désormais que l’essentiel d’une classe d’âge passe par le lycée. S’y retrouve donc des élèves qui n’y étaient pas avant, ce qui renforce le sentiment d’hétérogénéité scolaire. On constate cependant que les progrès de la démocratisation sont en panne, et que depuis une quinzaine d’année, le taux de 15 à 20% d’élèves ne réussisant pas à apprendre ce qu’on voudrait qu’ils sachent ne recule plus. Pire, même, certains savoirs scolaires, parfois moins entraînés, reculent objectivement, comme le montrent les enquêtes sur le niveau en orthographe. Il n’est donc pas scandaleux de tenter de comprendre l’origine de ce blocage. Selon E. Bautier et P. Rayou, l’impact de ces nouveaux publics est fort sur les métiers de l’enseignement, et les enseignants ont été conduits, de gré ou de force, d’adapter leurs pratiques pédagogiques. Les normes éducatives des familles, marquées par l’arrivée en force du statut de l’enfant, ont évolué : un enfant puni à l’Ecole reçoit de moins en moins une seconde punition à la maison. Qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore ne fait pas avancer le problème, comme dit Marcel Gauchet. Pour de nombreux enfants, la norme de comportement scolaire est un univers inconnu, que l’Ecole doit prendre à sa charge. En 1989, la loi Jospin entérine « une révolution copernicienne : l’élève est au centre alors que traditionnellement il gravitait autour du système éducatif ». Mais en même temps, la place des savoirs disciplinaires ne faiblit pas. Conséquence : le « travail scolaire » est souvent renvoyé, faute de temps, à la maison ou dans les dispositifs d’aide extérieure, alors qu’au XIXe siècle, les lycées pour l’élite se contentaient de quatre heures de cours et quatre heures d’études accompagnées d’un répétiteur. L’appel à l’autonomie ou à l’organisation personnelle s’est considérablement renforcée dans les discours des enseignants. Du coup, on passe un certain temps, dans chaque cours, à exiger que ce qui devait être fait le soit effectivement. La mise au travail hors la classe, « entre étoffe et pli » (p. 21) pose problème à de nombreux élèves qui ne « savent pas ce qu’il y a à faire ». Conséquence apparement "logique", l’institution est tentée de renforcer les dispositifs d’aides périphériques, alors que Bautier et Rayou invitent au contraire à regarder ce qui se passe dans la classe.

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