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Où est passé le plaisir d’apprendre, d’enseigner ?

vendredi 25 octobre 2013, par classedu

« Rendre l’école aimable et le travail attrayant. » Que reste-t-il du conseil de Jules Ferry ? La réponse fait débat. Si nombre d’enseignants ont embrassé la carrière par « vocation », celle-ci ne reste pas longtemps intacte pour beaucoup d’entre eux. Selon une enquête du syndicat Se-Unsa, rendue publique le 4 octobre, les trois quarts des enseignants de moins de 35 ans disent « s’éclater » dans leur métier, mais plus des deux tiers estiment que leur formation les a peu ou pas du tout préparés aux réalités du terrain. Un sur deux ne se voit pas enseigner jusqu’à la retraite et, près d’un sur deux aussi reconnaît ne pas savoir faire progresser un élève en difficulté. Petit salaire, dégradation de la formation et de l’image du professeur, conditions d’emploi détériorées avec le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite, fatigue, malaise à enseigner... la profession attire moins, et les étudiants semblent désormais bouder le concours. Seulement 18 734 des 41 510 inscrits se sont présentés, fin septembre, aux épreuves du professorat des écoles, soit à peu près autant que l’an dernier. Mais 5 000 postes étaient « ouverts » cette année, contre un peu plus de 3 000 auparavant - un niveau historiquement bas lié aux suppressions de postes. Pas de quoi rassurer les élèves et leurs parents qui confient volontiers souffrir, ensemble, de la pression scolaire. Dans les quartiers populaires, où intervient l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev), les familles témoignent d’une relation difficile à l’école. En 2010,73,3% des 760 enfants interrogés affirmaient « aimer peu, voire pas du tout aller à l’école ou au collège ». Ils étaient 23,7 % à dire s’y ennuyer souvent, voire tout le temps, et seulement 9,6 % s’y sentir à l’aise. En 2011, si 81 % des 600 familles interrogées se disent satisfaites de l’école, 42 % sont inquiètes de la réussite de leurs enfants. Ceux-ci évoquent souvent des maux de ventre (43 %) et des troubles du sommeil (35 %). « /.a France est depuis plusieurs années prise dans ce qu’on pourrait appeler le « syndrome de l’angoisse AUJOURD’HUI En 2010,73,3 % des enfants interrogés pour une étude disaient aimer peu, voire pas du tout, aller à l’école. « Cette angoisse traduit et nourrit une défiance des Français envers leur école. » Christophe Paris, directeur de l’Afev scolaire généralisée », poussant les familles à déployer toujours plus de stratégies individuelles pour garantir à leurs enfants la réussite scolaire, explique Christophe Paris, directeur général de l’Afev. Cette angoisse traduit et nourrit une défiance des Français envers leur école. Elle était leur fierté la plus ancrée, elle devient leur doute le plus fort. » Stress, dévalorisation, peur de prendre la parole en classe même lorsqu’on connaît sa leçon... d’où vient cette perte de confiance en soi et en l’institution ? Les causes avancées sont multiples : recours immodéré à la notation et à l’évaluation dès les petites classes, taux de redoublement record, course aux diplômes... Aux tests Pisa, qui comparent les résultats des élèves de 15 ans dans les pays de l’OCDE, la France ne brille guère, tant en termes de performances que de qualité de vie scolaires. « .Les élèves sont inquiets en cours, mais aussi lors des devoirs à la maison », souligne Eric Charbonnier, analyste de l’OCDE. « Rien ne changera tant qu’on ne reviendra pas sur la « culture de la salle de classe », impitoyable pour les élèves les plus fragiles, etqu ’on n’aura pas revalorisé la formation et le rôle des enseignants », estime Peter Gumbel, journaliste, professeur à Sciences-Pô Paris et auteur de On achève bien les écoliers (éd. Grasset). Selon lui, le plaisir en classe gagnerait à être reconnu comme un outil pédagogique à part entière. L’enseignant français « n’est pas formé pour transmettre du plaisir », reconnaît le sociologue Pierre Merle, auteur de ies Notes. Secrets de fabrication (éd. PUF) : « Si un professeur est prêt à se mettre en quatre pour intéresser ses élèves, il lui est difficile de rivaliser avec le plaisir immédiat que confèrent, aujourd’hui, la télévision ou Internet. La culture du zapping ne profite pas à l’école. » L’idée que l’apprentissage ne peut être une partie de plaisir demeure répandue. La rhétorique de l’effort s’impose dans toutes les bouches : on « travaille » à l’école, on fait ses « devoirs ». Les petits Anglais, eux, confient plus volontiers aller à l’école « pours’amusen... Reste à espérer que les candidats à l’élection présidentielle ne se contenteront pas d’aborder l’école en termes de quantité (nombre de postes, volumes d’enseignement), mais aussi de qualité. «  Mattea Battaglia


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