CLASS-EDU Site personnel de conseils pédagogiques/didactiques
Accueil du site > Actualités éducatives > Instructionniste » ou « constructiviste » ?

Instructionniste » ou « constructiviste » ?

lundi 10 octobre 2011, par classedu

« Instructionniste » ou « constructiviste » ? « La majorité serait plutôt rien-du-toutiste », sourit Catherine Bonnet-Huby, pourtant taxée de réac car elle appartient au réseau SLLEC3, qui se réclame de Ferdinand Buisson, le pédagogue de Jules Ferry. « Buisson mettait déjà l’élève au centre de la pédagogie ! » ironise-t-elle, rappelant que sa méthode, qui s’appuyait sur les observations des enfants, était révolutionnaire pour l’époque. Muriel Pujol, en affichant sur la porte de sa classe son adhésion à la Troisième Voie4, récuse à la fois traditionalisme et « constructivisme », elle ne prétend pas lancer une énième chapelle, mais témoigner de « ce qui marche ».

Chacun bricole donc sa méthode, en fonction de ses convictions, de son expérience. Patricia organise sa classe comme une « ruche intellectuelle » où les enfants, circulant librement, s’entraident par groupes de cinq ou six, et où elle se voit en « tisserand » entrelaçant les « fils » qui partent d’eux. Mais elle avoue qu’il faut « une bonne dose d’énergie » et « ne pas avoir peur du débordement ». Muriel considère au contraire que « ce n’est pas aux enfants de découvrir tout seuls » et qu’ils ont besoin de silence et d’immobilité pour bien travailler. Au-delà de leurs différences, Catherine, Muriel et Patricia se targuent d’obtenir d’excellents résultats - leur réputation auprès des parents n’est plus à faire. « II n’y a pas de bonne méthode, il y a de bons maîtres », martèle Jean Ferrier.

Les dernières études sur la réussite des élèves confirment l’importance de l’« effet maître » : la relation de confiance que l’enseignant établit avec ses élèves, sa passion, son investissement. Des facteurs impalpables, que Patricia tente de définir : « Pas d’enseignement sans création : comment prétendre éveiller l’esprit des enfants si on n’est pas soi-même éveillé, prêt à se remettre en question ? » Peu importe le chemin, les trois femmes, qui conçoivent leur métier comme un artisanat, conservent une idée claire de leur but, indépendamment des programmes, qui changent désormais tous les cinq ans. Elles sont unanimes : les fameux fondamentaux ne se résument pas à la lecture et au calcul. On écoute de la musique classique tous les jours chez Muriel, on s’initie à la philosophie chez Patricia. Il s’agit de développer la curiosité, la sensibilité, la culture, bref d’assumer le rôle de l’instituteur, étymologiquement « celui qui met debout ». Un terme qu’elles préfèrent unanimement à celui, officiel, de professeur des écoles, en vigueur depuis la réforme de la profession en 1989, qui a rattaché la formation des maîtres à l’université.

Mais que fait l’institution pour entretenir leur flamme ? Qu’elles soient passées par l’école normale ou les instituts universitaires de formation des maîtres qui l’ont supplantée, nos trois témoins ont jugé leur formation insuffisante. Les éditeurs scolaires se sont engouffrés dans ce vide, produisant un « prêt-à-penser pédagogique inepte », selon Catherine. Les choses risquent d’empirer : depuis la rentrée 2010, les lauréats du concours entrent directement dans l’arène (voir encadré). Les espaces d’échanges professionnels, hors Internet, manquent cruellement, et les crédits alloués à la formation continuent de fondre comme neige au soleil. « Quand se pose-t-on pour penser ? » soupire Patricia.

Instaurée à la rentrée 2008, la semaine de quatre jours se révèle une catastrophe, imposant un rythme stakhanoviste aux enfants comme aux enseignants. Submergés de tâches annexes, les maîtres ont constamment la tête dans la guidon. Ultime pensum : remplir des grilles d’évaluation complexes qui ont remplacé les bulletins de notes par discipline. Il faut désormais cocher des centaines d’« items » correspondant aux acquis des enfants dans tous les domaines. Tout le monde y perd un temps fou, et personne n’en tire rien. Enfin, avec la suppression progressive de tous les relais efficaces - remplaçants, Rased (Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté), assistants pédagogiques, psychologues et médecins scolaires -, le maître se sent seul pour traiter les difficultés scolaires, voire les handicaps. Dans ces conditions, l’aide personnalisée du samedi matin, « une bonne idée en soi », selon Muriel, est un emplâtre sur une jambe de bois.

Voir en ligne : Extrait d’article de Telerama du 24 août 2011

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0