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École : vive les profs !

lundi 12 septembre 2011, par classedu

Motivés. Ils ont choisi un métier qui est devenu difficile et mènent le combat chaque jour, Formation initiale supprimée, budget de l’Education rogné, leur année a été difficile. Et pourtant, les professeurs y croient et font tenir l’école debout. Extraits de la chronique de Luc Cédelle, journaliste au Monde.

« Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. » Albert Camus a écrit ces lignes à son ancien instituteur Louis Germain, alors qu’il venait, en 1957, d’être informé qu’il avait reçu le prix Nobel de littérature. A la fin des années 1990, un prix Louis-Germain était attribué par un jury réuni par le ministère de l’Education nationale, pour récompenser les plus belles lettres écrites par d’anciens élèves à leur ancien professeur. Publiées chez Nathan, elles permettaient de cerner quelques constantes, toujours actuelles, dans le profil du professeur inoubliable. La générosité, le souci aigu de la justice sociale, en est une. La qualité de « passeur » culturel, capable de stimuler la curiosité et l’intelligence, en est une autre. Dans un univers de compétition, l’enseignant se situe sur le terrain de l’altruisme et de la gratuité. Une image d’Epinal, procédant d’un état ancien de la profession ? Il n’en est rien. La « massification » de l’enseignement, allant de pair avec la banalisation du métier, un élargissement de ce corps enseignant, n’a pas entamé l’image du professeur qui « tend la main » à ses élèves. Elle n’a pas non plus altéré la vocation, comme le montre une enquête que vient de mener le Snuipp-FSU, principal syndicat de l’enseignement primaire, auprès de 6 500 professeurs des écoles. Selon cette enquête, 71 % des enseignants interrogés déclarent qu’ils « s’épanouissent dans leur métier » malgré leurs profonds désaccords avec la politique du gouvernement sur l’éducation. Leur motivation ? « .La réussite des élèves », répondent-ils à 91 %. Dans son éternité, la figure du « prof engagé » est cependant plurielle, changeante selon les styles d’enseignement et même les idéologies. Parfois « sévère mais juste », parfois « pédagogue bienveillant », l’enseignant déjoue et transcende les clivages. Cette figure peut devenir écrasante quand l’engagement prend l’allure d’un sacerdoce : le personnage du professeur apparaît alors en mission pour la propagation du savoir.. Certains collectionnent les casquettes. Présents par choix dans des zones difficiles, que d’autres ont désertées, ils animent un club théâtre, font du soutien, montent des projets qui multiplient leurs heures de travail, animent un site internet, militent dans un syndicat ou une association, prennent part au débat public sur l’éducation... Le professeur qui « s’investità fond » n’appartient pas au passé ; il incarne même l’essence du métier. Pour « survivre » dans les classes les plus difficiles, les enseignants n’ont d’autre choix que d’innover... Sans reconnaissance souvent. Alors que leur image dans la société s’est dégradée au fil des ans, ils tentent quand même chaque jour de donner le goût d’apprendre aux élèves. Une gageure dans un monde où l’école n’a plus l’apanage de la connaissance. Une gageure quand depuis quelques années ils se sentent agressés, montrés comme un groupe qui coûte cher à la nation. Premier budget de l’Etat après le service de la dette. Tous n’ont pas la même réaction. Les chercheurs qui auscultent ce corps malade adoptent parfois - mais n’écrivent jamais - la règle des trois tiers : un tiers des professeurs formerait une avant-garde dynamique, un tiers traînerait les pieds, tandis qu’un troisième tiers serait plutôt d’un côté ou plutôt de l’autre, selon que les circonstances du moment sont à la mobilisation ou au découragement. L’enquête sur les professeurs des écoles ne dit pas autre chose. Même lorsque le découragement progresse, c’est l’avant-garde engagée, bénévole et généreuse qui, par contagion, fait tenir debout le système. Le philosophe Cornélius Castoriadis (1922-1997) estimait que chaque profession possède ce qu’il appelait un « foyer mythologique », cet espace où elle puise son énergie, ses références et son ancrage social. A l’évidence, la silhouette qui s’active au cœur du foyer mythologique de l’éducation nationale est bien celle du grand professeur, de l’éveilleur. C’est cette figure qui marque encore les mémoires et traverse les générations. A l’heure où l’approfondissement de la crise sociale rend le quotidien des classes de plus en plus difficile ; au moment où le pouvoir politique juge l’éducation trop coûteuse et lui coupe ici sa formation (initiale ou continue) et là des postes qui sont pourtant des aides précieuses aux élèves les plus, en difficulté : les enseignants souffrent de plus en plus, certes, mais continuent leur chemin. »

Luc Cédelle

Voir en ligne : Chronique de Luc Cédelle à retrouver sur le Monde.fr

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