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extrait dujournal du snuipp

Entretien avec Anne BARRERE sur les enjeux de professionnalité enseignante et de travail en équipe

mercredi 20 juillet 2011, par classedu

Comment définir le travail en équipe ?

Il faut s’entendre sur le sens des mots car cette question apparaît comme une nébuleuse qui recouvre des notions multiples : partenariat, collaboration, entraide, coopération… Dans le système éducatif, il m’apparaît important de distinguer le travail en commun autour des élèves associant des professionnels aux statuts différents et ce qui constitue un réel travail ensemble de la part d’enseignants qui effectuent les mêmes missions.

Travailler en équipe, est-ce toujours efficace  ?

On a intérêt à le démontrer pour dépasser ce qui relève sinon d’un mot d’ordre incantatoire. En matière éducative, l’efficacité sur les résultats des élèves reste souvent à prouver. Les résultats sont complexes, les paramètres difficiles à isoler et les contextes extrêmement différents. Il y a des contre-exemples. Certains établissements obtiennent d’excellents résultats sans mettre en oeuvre de travail en équipe. Le travail en équipe n’est pas une panacée et ne va pas de soi. Il demande en lui-même un travail supplémentaire et peut générer des conflits. Il faut toujours se demander quels en sont les buts visés mais aussi ce que les enseignants peuvent y trouver. Puisqu’ils y abandonnent forcément un peu de leur autonomie individuelle, ils doivent y trouver un bénéfice en échange sur le plan professionnel. C’est d’ailleurs le cas de beaucoup de ceux qui précisément l’ont expérimenté, ce qui explique aussi que bon nombre d’enseignants valorisent cette forme de travail.

L’enseignant est-il individualiste ?

Non, je rejette l’idée d’une culture professionnelle individualiste stable et monolithique. L’isolement du maître dans sa classe est plutôt le produit de l’histoire de l’institution et de représentations sociales qui ne demandent qu’à évoluer. Face aux difficultés de gestion de classe, certains se réfugient dans un individualisme défensif, n’ osant pas évoquer leurs problèmes. Mais parfois, c’est le contraire qui se passe. Dans les secteurs scolaires difficiles, les risques professionnels liés à la relation et à l’usure nerveuse conduisent les enseignants à mettre en place un fonctionnement plus collectif. Créer une forme de travail où chacun à intérêt à s’investir, voilà une des clés de la réappropriation du travail en équipe.

(...)

Historiquement, la volonté de travailler en équipe est issue de la base des enseignants, de leur volonté d’innover. Aujourd’hui, la situation est plus ambivalente et il peut y avoir une « injonction à innover » ou à changer, vécue comme contraignante tout autant que de traditionnels freins bureaucratiques à cette innovation peuvent continuer à exister. (...) Le premier impératif est sans doute de reconnaître déjà l’existence des collectifs affinitaires et de projets existants. Même si ces collectifs et ces projets peuvent être circonscrits, parfois peu institutionnalisés, ou temporaires, ils portent au quotidien les équipes réelles de travail dans les établissements. (...). Ensuite, il faudrait que les établissements se vivent davantage comme des lieux où se débattent des options pédagogiques, loin des fausses certitudes concernant tel ou tel type de pédagogie ou de dispositif. Enfin, les collectifs de travail pourraient alléger ce qui apparaît aujourd’hui comme un facteur central de pénibilité du travail enseignant  : les préoccupations liées à la gestion de la classe et à l’ordre scolaire et dont chaque enseignant se sent souvent seul responsable. Le travail en équipe se construit au mieux lorsqu’il correspond aux besoins et aux compétences des acteurs de terrain.

Sociologue de l’éducation, professeure des universités à l’université Paris Descartes Anne Barrère

Voir en ligne : Suite de l’article paru dans Fenêtres sur cours du SNUIPP

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