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Ecole et notation : le dilemne

lundi 16 mai 2011, par classedu

POUR Pierre Merle, sociologue, enseignant à l’université de Rennes : "A l’école élémentaire, les notes sont inutiles"

- A l’école élémentaire, les notes sont souvent inutilisables ou inutiles. Elles reflètent davantage une tradition attendue des familles qu’un levier pour apprendre. Des écoles en Finlande, par exemple, font réussir leurs élèves sans y recourir. Pour certains, il faut attendre la 4e ou 3e pour noter, car on s’approche d’un grand palier d’orientation où il est utile de hiérarchiser les compétences.

- "Certains avancent que l’on doit habituer très tôt les enfants à la compétition : cet argument est une projection du monde des adultes." L’école conduit avant tout les enfants à l’apprentissage, non à la compétition. On n’a pas besoin de classement et de hiérarchisation pour apprendre. On ne rend des comptes qu’à soi-même. L’essentiel de ce qu’on a appris dans la vie (la cuisine ou le vélo), ce n’était pas par des notes mais par des conseils qui ont fait la différence. Des conseils pour apprendre que prodiguent enseignants et éducateurs.

- Ce conseil peut s’exprimer par une évaluation à base de couleurs (vert pour l’acquis, rouge pour le non acquis…). Avec une note globale, l’élève ne sait pas sur quoi il doit centrer ses efforts.

- Avec les points de couleur, les compétences non acquises sont spécifiées. L’’enfant et l’enseignant appréhendent les choses différemment . Avec les autres formes d’évaluation, on peut manquer d’indication. "Et puis, les enfants ne vont pas aller compter les points verts et les points rouges entre eux. Tandis qu’avec une note, l’élève est classé dans une hiérarchie qui va du plus fort au plus faible."

- La pratique qui veut que "certains professeurs rendent les copies en les triant, de la meilleure note à la plus mauvaise est une pratique très humiliante, qui montre bien la hiérarchie entre la valorisation des meilleurs et le rabaissement des plus faibles".

- Des études psychologiques ont montré que le jugement négatif sur soi avait un effet très délétère sur l’apprentissage.

- Le meilleur compromis en matière de notation semble double :
- d’une part, faire verbaliser l’élève sur ses résultats (l’interroger sur ce qu’il a fait ? ce qu’il a compris ou non, ce qu’il sait faire ou non, le conduire à déterminer ses difficultés et voir avec lui comment les dépasser : c’est ici un mode d’auto-évaluation.
- d’autre part, établir la photographie de ce que l’élève a compris et sait faire (ses compétences et connaissances) au moyen d’un codage en terme de couleurs qui évitent de stigmatiser. Ce codage peut évoluer et être discuter, travailler avec les élèves selon leurs âges.

- Pourtant des recherches sont matières à réflexion : "des études ont par exemple montré qu’à compétence égale, les redoublants et les garçons en général étaient moins bien notés. De même, quand on vient de corriger une très bonne copie, on va noter la suivante plus sévèrement".

- Des pratiques alternatives se développent aussi comme faire corriger les copies de ses élèves par un collègue. Les élèves apprécient beaucoup. Cela évite l’impression d’être sacqués.

- Par ailleurs, il existe des normes de notation relevant de traditions disciplinaires. "En philo, un professeur dont la classe aurait 12 de moyenne serait considéré comme laxiste. On part du principe que c’est une matière difficile, donc les notes doivent être faibles. Par contre, en musique, en sport ou en arts plastiques, qui ne sont pas des matières sélectives pour le passage en classe supérieure, les professeurs sont obligés de mettre de bonnes notes, sinon les élèves ne viendraient pas. Au contraire, en maths, matière décisive, la notation est importante car elle permet de faire la différence entre ceux qui peuvent passer ou pas. Les professeurs sont un peu contraints par ces normes disciplinaires. Sans compter qu’ils subissent un jugement de la part de leurs collègues et du chef d’établissement."

- On observe donc au final que la notation est un vrai sujet sensible bien trop laissé à l’abandon, peu débattu et guère objectivé dans des pratiques professionnelles responsabilisante. La faute à qui ? Vraisemblablement à une formation, là aussi défaillante, pour un métier qui ne manque pas de complexité devant les fonctions de planification, d’animation et d’évaluation des enseignements. Trois casquettes professionnelles tout aussi exigeantes.

P.-S.

Article qui reprend (entre guillemets) quelques passage du sujet paru dans le Monde : http://www.lemonde.fr/societe/artic...

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