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Réflexion éducative

« L’ORIGINE ? PAS UN OBSTACLE, UN PARAMÈTRE DE TRAVAIL »

mercredi 26 janvier 2011, par classedu

L’école ne s’est jamais confondue avec la société : c’est un monde particulier, avec ses règles et ses normes. Il y a bien une culture propre de l’école. Les élèves y sont toujours arrivés porteurs d’une autre culture (familiale, régionale, de classe...). Cette différence entre les deux mondes concerne tous les élèves, quelle que soit leur origine - mais inégalement. L’origine n’est donc pas un obstacle rédhibitoire : c’est un paramètre du travail scolaire. Ainsi, la Troisième République s’est chargée, les historiens l’ont montré, de transformer « les paysans en Français » (Eugen Weber), mais aussi « les immigrés en Français » (Gérard Noiriel). Pourquoi y a-t-il aujourd’hui des difficultés particulières ? Retournons la question : comment pourrait-il en aller autrement, quand notre société est obsédée par la question de l’immigration et la question raciale, travaillée par la xénophobie et le racisme ? Quel rôle pourrait avoir l’école pour faire réussir ces élèves ? Il ne s’agit pas de faire entrer la société dans l’école : elle y est « toujours déjà »... Les enseignants ont devant eux, et le plus souvent devant elles, des élèves qui, pour être des individus, n’en sont pas moins le produit d’une histoire sociale qui ne s’arrête pas à la famille ; celle-ci n’est pas détachée de la société. Il faut donc être attentif au biais que connaît bien la psychanalyse : derrière l’individu,.la famille. Mais comment oublier que la Vienne de 1900 n’est pas la France de 2010 ? Et que la famille bourgeoise, avec son patrimoine et ses névroses, n’est pas la famille prolétaire, entre solidarité et éclatement ? Bref, derrière la famille, la société. La solution n’est pourtant pas de faire une place à la culture. L’école n’a pas vocation à redoubler le culturalisme d’une société qui traite différemment les enfants d’immigrés, pour s’inquiéter ensuite qu’ils deviennent différents. Elle ne doit pas assigner les minorités visibles à une origine supposée, en les enfermant dans leur « culture ». En revanche, l’école ne peut ignorer qu’ils sont traités ainsi aujourd’hui en France. Elle doit certes construire l’autonomie de son espace face à la société. Mais le problème de l’école aujourd’hui, ce n’est pas la culture ; c’est le culturalisme.

P.-S.

Propos recueillis par Michèle Frémont * vidéo consultable sur http://www.creteil.iufm.fr - Article paru dans "Fenêtres sur cours" du Snuipp.fr

Éric Fassin, sociologue, professeur agrégé à l’École normale supérieure, chercheur à l’Institut de recherche Interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (Iris, CNRS/EHESS). Discriminations. Pratiques, savoirs, politiques (La Documentation française/ La Halde, 2009).

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