CLASS-EDU Site personnel de conseils pédagogiques/didactiques

LECONS DE CINEMA

Master Class Cinéma avec Hitchcock

l’école au cinéma

samedi 5 février 2011, par classedu

- Qu’est-ce qu’un “MacGuffin” ? Comment réussir un méchant magnifique ? Qu’est-ce qu’un vrai bon suspense ? Au moment où l’on rend hommage à Sir Alfred un peu partout, les réalisateurs-fans Olivier Assayas, Pascal Bonitzer, ­Arnaud Desplechin et Nicolas Saada ont concocté pour les lecteurs de Télérama un petit manuel de la frousse hitchcockienne en six chapitres.
- En voici quelques extraits à lire en intégralité sur le site de Teleram.fr avec en prime des vidéos qui illustrent les propos.
- Imaginons-nous dans un cours où le grand Alfred expliquerait son cinéma, le cinéma.
- Nous verrons dans un autre article les pistes pédagogiques possibles dans le cadre d’une école au cinéma, d’une classe - cinéma comme support aux apprentissages. Le dispositif École et Cinéma est une opération qui facilite l’accès aux classes dans les salles de cinéma avec un accompagnement en termes de formation pour les enseignants.

- 1/ Diriger les spectateurs La clé de voûte du système. Si le réalisateur, en langue anglaise, est le director, il ne lui suffit pas de com­mander aux acteurs et techniciens : le spectateur doit, lui aussi, se soumettre à sa volonté. Hitchcock utilise littéralement l’expression « direction de spectateurs » à propos de Psychose, qui balade le public, notamment en faisant disparaître le personnage principal – et la star du film, Janet Leigh – au premier tiers du récit (beaucoup d’exégètes voient dans cette disparition du sujet une parenté avec le cinéma d’Antonioni ou le nouveau roman, qui lui sont contemporains).

- 2/ Distinguer surprise et suspense Principe célèbre : si, au cours d’une scène, une bombe explose, c’est un effet de surprise. Mais si le specta­teur est informé de sa présence, attend ou redoute qu’elle se dé­clenche, alors c’est bien de suspense qu’il s’agit. « Hitchcock n’a pas inventé le procédé, explique Nicolas Saada, dont le premier film, Espions (2009), offrait de savoureuses varia­tions autour des Enchaînés. Griffith l’a fait avant lui, avec la course contre la montre pour sauver l’innocent de l’échafaud à la fin d’Intolérance. Mais il a codifié ces intuitions. »

- 3/ Plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film Hitchcock a lui-même énoncé ce principe, à propos du Grand Alibi (1950). « J’ai toujours eu le sentiment qu’il y avait confusion à propos de cette formule, explique Pascal Bonitzer. Il ne faut pas comprendre : plus méchant est le méchant... mais, au contraire, plus complexe il est, et plus il a de points communs avec le héros, au point d’être presque interchangeable avec lui, alors plus le film sera réussi... Dans L’Inconnu du Nord-Express (1951), Bruno est manifestement le double de Guy, le joueur de tennis, qui est prêt à réaliser ses desseins les plus inavoués... Le spectateur peut même avoir un peu d’empathie pour lui : quand l’assassin de Fenêtre sur cour (1954) rencontre James Stewart qui l’épie, il se pose presque en victime. »

- 4/ Filmer le faux pour accéder à la vérité émotionnelle « Pour Hitchcock, la vérité est plus intéressante que la réalité, tous les moyens sont bons pour procurer une émotion », rappelle Nicolas Saada. Exemple célèbre : contraindre les comédiens à des positions inconfortables qui, sur le plateau, n’ont guère de sens, mais qui en sont chargées dans l’oeil de la caméra (et dans le film terminé). Ainsi, dans Les Enchaînés, le long baiser de Cary Grant et d’Ingrid Bergman qui traversent l’appartement, et répondent au téléphone, sans jamais cesser de s’enlacer. « Hitchcock réduit souvent la scène à une idée, explique Desplechin. Ici, les deux acteurs dans le même plan ne peuvent être qu’unis ; dès que l’intrigue les sépare, ils souffrent. Godard l’aurait signifié de façon littérale, en les menottant ensemble. Plus largement, demander à un acteur de se tenir d’une certaine façon ou d’avoir un geste très précis, c’est une façon de mieux le voir à travers cet embarras soudain. »

- 5/ Remplir la tapisserie Hitchcock utilise l’expression à destination de ses scénaristes, chargés d’enrichir l’action d’une foule de détails. Mais Arnaud Desplechin y voit presque un effet de signature, « un réseau d’indices, un ensemble de jeux savants qui appellent notre interprétation. L’exemple le plus célèbre est celui de la figurante de La Loi du ­silence, qu’on voit au détour d’une scène de procès croquer une pomme ». Rien n’est laissé au hasard : Hitchcock a choisi la figurante, la pomme, la façon de la croquer. Une référence au péché originel ?

- 6/ Se servir du genre pour le dépasser Et si l’univers d’Hitchcock excédait celui du film à suspense ? Et s’il était, entre autres, l’un des grands cinéastes de la conjugalité, par des voies différentes de celles de Bergman ? « Hitchcock parlait souvent de la bombe sous la table, celle dont on attend l’explosion, rappelle Arnaud Desplechin. Truffaut utilise litté­ralement le procédé dans Jules et Jim. Il filme, sous la table, les personnages en train de se faire du pied. L’amour qui se noue là se terminera, à la fin du film, par un double suicide. Voilà ce que Truffaut a appris d’Hitchcock : les sentiments sont une bombe. »

Voir en ligne : Article complet avec vidéos illustratives sur Telerama.fr

P.-S.

- Extraits de Telerama.fr
- A SAVOIR : Le dispositif École et Cinéma est une opération d’envergure nationale en collaboration entre le CNC et le MEB. Il contribue à :
- Éveiller la curiosité et l’intérêt des enfants pour des films de qualité par la découverte d’œuvres cinématographiques contemporaines et du patrimoine, visionnées en salle.
- Intégrer l’approche de l’image cinématographique dans un travail plus large sur l’appréhension de l’image et une éducation du regard.
- Inscrire la participation à l’opération École et Cinéma dans le projet de classe ou le projet d’école.
- Permettre à un plus grand nombre d’élèves d’accéder à une culture cinématographique et de commencer à construire un parcours de spectateur.

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0