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LU DANS TELERAMA

Enseigner s’apprend, non ? Formation des enseignants = 0 ?!

jeudi 9 décembre 2010, par classedu

- En septembre dernier, 16 000 jeunes diplômés des concours de l’enseignement primaire et secondaire prenaient en main leurs premières classes - « en responsabilité », comme on dit dans le jargon -, à temps plein.
- Sans avoir reçu au préalable la moindre formation pratique, parfois sans confrère chevronné - le tuteur - pour les guider, mais gratifiés, pour les plus veinards, d’un manuel de tenue de classe en DVD, généreusement offert par l’Education nationale.
- Finie, l’année de mise en jambes qui prévalait jusqu’à la rentrée 2009 et permettait aux novices un glissement progressif dans un bain éducatif devenu chaque année plus bouillonnant - pour ne pas dire bouillant.

- « Auparavant, les stagiaires bénéficiaient d’un aménagement annuel de leur emploi du temps pour compléter leur savoir disciplinaire par des modules de pédagogie, de didactique, d’études de cas concrets. Dans leurs établissements, ils effectuaient un service réduit, donnaient six à huit heures de cours - soit trois fois mois qu’aujourd’hui -, souvent sous le regard d’un tuteur, qui les conseillait et les guidait », rappelle un formateur de l’IUFM (Institut universitaire de formation des maîtres) d’Aix-en-Provence. Il déplore l’abandon progressif de ce système, dont la critique était devenue une sorte de gymnastique routinière. « Une formation, certes imparfaite mais perfectible, ne vaut-elle mieux pas que pas déformation du tout ? Mon sentiment est qu’on a accusé le chien de la rage pour mieux le noyer. » De fait, le temps des IUFM est révolu.
- Voici venue l’ère de la « mastérisation » - cette grande réforme du recrutement et de la formation des professeurs, qui prévoit, à terme, de transmettre ces prérogatives aux universités. L’honneur d’essuyer les plâtres de ce vaste chantier échaffaudé par Xavier Darcos et mis en oeuvre par son successeur, Luc Chatel, revient donc à la promotion 2010 des lauréats du Capes et du Cape. Un honneur dont ces fonctionnaires stagiaires se seraient bien passés.
- Deux mois et demi après la rentrée, alors que se profile la saison des conseils de classe, l’heure des premiers bilans a sonné. Et les jeunes « capétiens » sont amers. En lieu et place de « l’année transitoire » qu’évoqué leur ministère de tutelle, ils parlent d’« année sacrifiée », persuadés, à l’image des syndicats, que la suppression de la formation initiale est la conséquence d’une politique d’économies budgétaires. « On décide de ne pas remplacer 16000 départs à la retraite à la rentrée 2010. Dans le même temps, on met directement au travail quelque 16000 stagiaires, insuffisamment formés, certes, mais trop contents d’avoir réussi un concours aussi difficile que le Capes ou le Cape pour oser broncher. Et l’on voudrait nous faire croire que les deux phénomènes ne sont pas liés ? », s’insurge un germaniste, contraint d’initier ses élèves à la langue de Goethe par classes de trente.


« Une grande souffrance » ; selon Jean-Louis Auduc, directeur adjoint de l’IUFM de Créteil.

- Avez-vous des éléments pour apprécier la manière dont se sont passées ces premières semaines à l’échelle du pays ?
- Oui, il y a des disparités très importantes selon les académies, les départements et entre les différentes disciplines. fout cela vient de l’absence dans le texte du printemps 20IÛ de tout cadrage en ternies de contenus de la formation et d’horaires. Les disparités concernent aussi bien les horaires du service dans l’établissement, que la durée de la formation ou la présence ou non d’un tuteur dans l’établissement,,.
- Quelles sont les principales difficultés auxquelles les stagiaires sont confrontés ?
- Les conditions actuelles d’entrée dans le métier des stagiaires ne sont pas de bonnes conditions qui leur permettront d’acquérir les gestes professionnelles indispensables. Il y a une grande souffrance chez nombre de stagiaires. La situation la plus dramatique concerne le collège où un nombre très important de stagiaires ont leur tuteur dans un établissement quelquefois éloigné. Face à la découverte de ce niveau spécifique, le jeune n’a plus le sas que représentait la seconde année d’IUFM. Certes, le ou la stagiaire faisait peser son ressentiment sur cette structure « briseuse de rêves » par rapport au métier attendu, mais qui évitait bien des démissions... Un autre indice m’inquiète également : la chute très forte dans la plupart des académies des présents aux épreuves écrites des concours de l’automne 2010, par rapport au nombre d’étudiants inscrits en juin.
- Que peut-on envisager pour la suite de l’année ? Que pourrait-on exiger ? - Il est absolument nécessaire qu’il y ait une vraie entrée progressive dans le métier enseignant et que l’année de stage soit une véritable année d’alternance, y compris pour les stagiaires 2010-2011. Le ministre de l’éducation nationale, en proposant des masters professionnels par alternance, fait le constat de l’échec du modèle proposé à la hussarde de non-formation professionnelle des enseignants.

Extrait de Revue Pour FSU n°146 de Novembre 2010

Voir en ligne : TELERAMA

P.-S.

Extrait du Télérama n°3177 du 1er décembre 2010 ClassEdu, 2010

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