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L’apprentissage à vie pour tous

vendredi 20 mai 2005, par classedu

in L’ Observateur No. 214 Octobre/Novembre 1998 Par Donald J. Johnston, Secrétaire général de l’OCDE

Alors que s’ouvre l’ère de la société du savoir, une enquête portant sur 12 pays de l’OCDE donne à réfléchir : un quart au moins de la population adulte ne possède pas le minimum de connaissances nécessaires pour faire face convenablement aux exigences de la vie quotidienne et du travail, sans parler des mutations structurelles au sein de l’économie et de la société. Il y a là un énorme défi pour les politiques de l’éducation et du marché du travail, pour les politiques sociale et économique. En janvier 1996, les ministres de l’éducation des pays de l’OCDE sont convenus de définir des stratégies propres à faire de l’apprentissage tout au long de la vie une réalité pour tous. Les ministres du travail et des affaires sociales ainsi que le Conseil de l’OCDE réuni au niveau ministériel leur ont emboîté le pas. L’importance de ce type d’apprentissage est aujourd’hui plus évidente que jamais. Les arguments économiques justifiant l’apprentissage à vie sont essentiellement de deux ordres. Premièrement, avec le développement de l’économie fondée sur le savoir, le niveau minimal de qualifications que demandent les employeurs s’élève en permanence. A cet égard, il était assurément plus facile de passer autrefois de la ferme à l’usine que de répondre aujourd’hui aux exigences qu’impose la transition vers l’économie du savoir. La montée du chômage observée dans beaucoup de pays de l’OCDE depuis le milieu des années 70 et le creusement des écarts de revenu dans d’autres sont dus, à l’évidence, au déficit de connaissances et de qualifications. Ce sont les travailleurs faiblement qualifiés qui ont été touchés par ces phénomènes, et ils continueront à l’être. Deuxièmement, le progrès technologique nécessite un renouvellement et une actualisation constants des qualifications, à mesure que les emplois dans lesquels on fait carrière auprès d’un seul employeur deviennent plus rares, tandis que les caractéristiques des postes changent et se diversifient rapidement avec l’évolution du marché. Des arguments sociaux irrésistibles plaident en faveur de la promotion de la poursuite de l’éducation au-delà de la scolarité traditionnelle et tout au long de la vie adulte. Les possibilités d’apprentissage sont déjà assez mal réparties et la polarisation de la société entre les « nantis » et les « déshérités » du savoir place les pouvoirs publics devant un défi nouveau et urgent. Le chômage et l’accroissement des écarts de revenus ne sont pas les seuls problèmes : les salariés des petites et moyennes entreprises ont plus de difficulté à accéder à la formation que ceux des grandes entreprises ainsi que, en général, les femmes par rapport aux hommes. Ces disparités rongent les fondements mêmes de la démocratie. Les stratégies en faveur de l’apprentissage à vie peuvent contribuer à briser l’engrenage de la vulnérabilité et de l’exclusion, et à renforcer ainsi la cohésion sociale. Elles peuvent permettre à l’individu de développer sa créativité, son esprit d’initiative et son adaptabilité et, partant, lui donner les moyens de mieux assurer sa propre sécurité matérielle.

L’apprentissage tout au long de la vie n’est pas synonyme de formation « récurrente », mais signifie que, grâce à un effort particulier pour « apprendre à apprendre », un lien permanent est maintenu avec l’éducation. Si l’enseignement formel constitue toujours la pierre angulaire de l’acquisition des connaissances, les cadres moins formels de la famille, du lieu de travail, du quartier, de la ville ou de la collectivité dans son ensemble font eux aussi partie intégrante de l’environnement d’apprentissage, tout comme ils font partie des fondements de l’économie et de la société. L’apprentissage à vie est déjà une réalité dans beaucoup de pays de l’OCDE. Il faut en faire une réalité pour tous.

On n’insistera jamais assez sur l’importance de l’enseignement initial. La politique en faveur de l’apprentissage à vie doit commencer par renforcer l’éducation des jeunes enfants. Les études montrent que les enfants assimilent beaucoup plus au cours des dix premières années de leur vie que par la suite. L’éducation précoce procure des avantages durables non seulement parce qu’elle diminue les dépenses ultérieures de remise à niveau des adultes, mais aussi parce qu’elle dote les enfants d’outils d’apprentissage qui seront utiles pour eux-mêmes et la société jusqu’à la fin de leur existence. Les précédentes générations considéraient qu’il était important de savoir lire, écrire et compter. Elles avaient raison : ces aptitudes sont essentielles pour acquérir des connaissances à tout âge. Pour mettre en place des politiques solides en faveur de l’apprentissage à vie, il est ainsi indispensable de lutter contre l’échec scolaire et l’abandon prématuré de l’école, et de faciliter le passage de l’enseignement à la vie active. Il faut développer les liens entre les divers secteurs de l’enseignement et de la formation, et assouplir les itinéraires conduisant de l’éducation à la vie active.

L’éducation ne doit pas être considérée comme un domaine isolé du reste, et pour que l’action des pouvoirs publics soit efficace, toutes les parties prenantes devront unir leurs efforts pour mobiliser les ressources nécessaires. Des relations de partenariat plus dynamiques et plus cohérentes doivent s’instaurer entre des acteurs très divers de tous les secteurs de la société.

Parmi les facteurs historiques de la croissance économique – la terre, le capital, le travail – le capital humain est devenu le plus important. Certains pays faiblement dotés en ressources l’ont développé pour forger des avantages comparatifs impressionnants. Le socle sur lequel le capital humain se construit est nécessairement l’éducation, en particulier l’éducation préscolaire et l’enseignement primaire où l’État a un rôle déterminant à jouer.

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