CLASS-EDU Site personnel de conseils pédagogiques/didactiques

ROBERT DOTTRENS

Une nouvelle Renaissance

dimanche 6 juillet 2008, par classedu

- Nous vivons une période analogue à celle de la Renaissance.
- Le xvie siècle a vu, sur le plan économique et culturel, les conséquences des grandes découvertes et des grandes inventions ; l’essor de la raison humaine libérée des chaînes du dogmatisme, le développement de l’esprit de recherche, le besoin de savoir qui ont donné naissance à la science moderne.
- Le xvie siècle a fait la conquête du monde terrestre. Le xxe siècle est en train de dominer l’espace sidéral. Le xvie siècle a vu s’organiser progressivement les nations européennes et se constituer les langues nationales.
- Le xxe siècle voit éclater les frontières et naître la conception d’une organisation mondiale des peuples. La puissance de l’intelligence humaine conduit, chaque jour, à des découvertes et à des inventions qui bouleversent notre entendement.

- Toutes ces réalités modifient, à notre insu, nos façons de voir, de sentir, de penser, d’agir et même de parler. Elles ont donné naissance à un phénomène analogue à celui que nous appelons la Renaissance. Nous l’avons baptisé l’ère atomique. Les deux s’inscrivent dans l’histoire humaine comme une mutation s’opérant dans les esprits. Les hommes de la Renaissance, les humanistes, en ont saisi l’importance et ont forgé une culture tirant parti des nouveaux trésors recueillis, adaptés aux changements survenus, pour faire face aux besoins qu’ils avaient entraînés. Très vite cette culture modifia, du tout au tout, les conceptions de l’éducation et de la pédagogie. Des institutions scolaires prirent naissance : elles sont à l’origine de notre enseignement secondaire classique. Les enseignants de l’époque, les tenants de la scolastique ont refusé cette culture et combattu les collèges d’humanités. L’Université s’est repliée sur elle-même pour défendre ses traditions, ses méthodes, son orgueil.
- Forts de leur puissance, les gens en place, au bénéfice d’une expérience de plusieurs siècles, se sont opposés à ceux qui leur apparaissaient comme de dangereux révolutionnaires mettant en péril les valeurs qu’ils considéraient comme éternelles. Avec tous les moyens dont ils disposaient, ils ont essayé d’empêcher que leurs idées ne se répandent. Les partisans de l’éducation nouvelle à la Renaissance ont dû fuir ou s’expatrier pour éviter la prison ou la mort. Moins d’un siècle plus tard, la ruine de la scolastique était consommée et l’humanisme, à son tour, reniant l’esprit qui l’avait fait naître, se repliait sur lui-même et vivait de sa vie propre sans considération de l’évolution des idées et des événements.
- L’humanisme de la Renaissance a tenté de réaliser une synthèse des apports du christianisme avec ceux de l’Antiquité classique : il en est résulté un renouveau de culture dont nous avons reçu l’héritage. Le même effort s’impose aujourd’hui, face au développement extraordinaire de la pensée scientifique pour constituer une culture valable pour notre temps. (...) La psychologie génétique, la pédagogie expérimentale offrent depuis fort longtemps, aux éducateurs, des enseignements sûrs et des moyens appropriés pour réduire les causes d’erreurs et les insuffisances dont les enseignants sont les premiers à se plaindre. Le drame de ceux-ci est d’être coupés de la vie et les seules institutions scolaires où l’adaptation des traitements pédagogiques aux conditions de l’heure semble assurée sont les écoles de commerce et l’enseignement technique obligés de suivre l’évolution des modes de travail du secteur économique.
- Une des réformes fondamentales à introduire dans la formation professionnelle des éducateurs serait de les obliger à aller travailler mu- année durant dans les activités de production afin qu’ils connaissent un peu ce qu’est la vie des travailleurs de l’industrie, du commerce, de l’agriculture.
- Depuis leur âge le plus tendre, ils ont toujours vécu dans les écoles et vu le monde à travers les fenêtres des classes successives qu’ils ont fréquentées. La sécurité de leur emploi les empêche de comprendre les problèmes vitaux qui sont le lot de la plupart de leurs concitoyens. A tout le moins, une initiation aux problèmes économiques et sociaux contemporains serait-elle nécessaire.
- Le temps où la grave pénurie d’instituteurs dont nous souffrons en Suisse n’existait pas, le canton de Schaffhouse obligeait ses normaliens, une fois leurs études achevées, à faire, durant un an, leur Tour de France : une année d’activité, à leur choix, à l’exclusion de tout enseignement, ou de toute étude universitaire ; le but : les obliger à se mêler à la vie de leurs semblables et à travailler comme tout le monde pour gagner leur pain quotidien.

P.-S.

Extrait de "Vers une pédagogie propective" de ROBERT DOTTRENS

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0