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LOUIS GROS

L’école d’une nouvelle civilisation

dimanche 6 juillet 2008, par classedu

Extrait de "L’explosion scolaire", p. 41. de LOUIS GROS

- Dans tous les domaines, en France comme hors de France, toutes les institutions éducatives, du jardin d’enfant à la faculté, sont en train de subir une mutation brusque. Le problème est immense. Il s’agit de créer l’école d’une nouvelle civilisation. Que chacun sache lire, écrire et compter paraissait jadis l’idéal de l’éducation populaire. Il fallait, alors, de bonne heure, gagner sa vie. Le loisir de s’instruire manquait, pour la plupart des hommes, dans la jeunesse comme dans l’âge adulte. L’ambition des réformateurs sociaux était d’étendre à tous les enfants l’instruction primaire. Elle était aussi d’établir, pour l’accès aux hautes études, l’égalité des droits et des chances. Mais, devant des emplois intellectuels en nombre limité, même les esprits les plus généreux n’envisageaient guère d’accroître la proportion des enfants qui prolongeaient leurs études, par crainte d’en faire des chômeurs ou des déclassés.

- L’école s’est ouverte à tous, mais garde l’empreinte des distinctions sociales. Le petit villageois reste désavantagé par rapport au petit citadin, le fils de paysan par rapport au fils d’ouvrier, celui-ci par rapport au fils du médecin ou de l’ingénieur. Le problème d’une école réellement égale pour tous n’est pas encore résolu.
- Mais il se pose désormais en termes nouveaux.
- Parce que les découvertes scientifiques, le progrès technique et l’industrialisation, la transformation des modes de vie et des conditions de travail ont bouleversé l’équilibre des anciennes civilisations agricoles et artisanales, la culture, autrefois privilège de l’élite, est devenue un besoin de la masse.
- Parce que la durée de la vie active s’est allongée, que les horaires de travail ont été réduits, que les loisirs se sont élargis, le niveau de vie permet désormais, dans les pays industrialisés, de consacrer à l’éducation un temps et des ressources qui eussent autrefois paru démesurés.
- Parce que la structure professionnelle se transforme, progressivement décroît le nombre des emplois n’exigeant que des capacités manuelles et une instruction élémentaire, alors que croît celui des emplois demandant une formation supérieure. Parce que les machines se chargent des besognes d’exécution, mais qu’il faut concevoir les machines, tracer leur programme d’action, accomplir les fonctions, bien plus étendues que par le passé, d’administration et de liaison sociale, et aussi de coopération technique entre les nations évoluées et les pays attardés, nous avons besoin de plus en plus de cadres compétents et de spécialistes informés, c’est-à-dire d’abord et surtout d’hommes éclairés. C’est de cerveaux qu’on manque désormais, plus que de bras.
- Pour la première fois dans l’histoire, les aspirations idéalistes et les nécessités pratiques en matière d’enseignement ont cessé de se contre-dire. En France et dans tous les pays d’ancienne civilisation, les exigences de la prospérité et de l’équilibre économiques s’ajoutent maintenant aux raisons de justice et d’égalité sociales pour rendre nécessaire, en même temps que désirable, l’instruction la plus développée possible pour le plus grand nombre possible d’enfants.

P.-S.

Extrait de "L’explosion scolaire", p. 41. LOUIS GROS

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