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Mémoire et apprentissage = une même activité intellectuelle

samedi 25 août 2012, par classedu

Mémoire et apprentissage sont intimement liés. On mémorise d’autant mieux qu’on a construit les apprentissages et on apprend à partir de ce qui a été mémorisé. Le cerveau est une machine complexe…

Comment la mémoire se définit-elle par rapport aux apprentissages ? Du VIIIème siècle avant notre ère, en Grèce, jusqu’à la Renaissance, on ne parlait que de mémoire avec des méthodes fondées sur des images puisque la majorité des gens ne savait pas lire. En France, la mémoire est devenue secondaire depuis Descartes : « la mémoire ne sert à rien » car « il suffit de remonter aux causes pour déduire toutes les conséquences ». Paradoxe : la mémoire reste très sollicitée dans une école qui met en avant le raisonnement. Le professeur va démontrer le théorème, puis dira « vous avez compris les enfants ? Bon, vous ferez tel et tel exercice ce soir ». Au contraire dans les pays anglo-saxons après une dizaine d’exercices, on dit « on s’aperçoit qu’il y a une façon de faire très courante, c’est ça la règle ». On valorise donc l’idée que c’est par les apprentissages et les expériences — au sens de l’expérience vécue — que l’esprit, le cerveau se construisent. En fait mémoire et apprentissage, c’est la même chose. On parle de mémoire quand on se fonde plutôt sur les structures, psychologiques ou cérébrales, et plutôt d’apprentissage quand on fait l’activité de mémoire elle-même. On dissocie, mais ce sont deux aspects de la même activité intellectuelle. La mémoire c’est un peu la boîte noire… Quand un enfant lit en CP, on a l’impression que les mots s’impriment directement. Or les mots, les lettres n’existent pas a priori dans son cerveau : il doit les fabriquer par l’apprentissage. Notre cerveau avec ses 100 milliards de neurones (et autant pour le cervelet pour les apprentissages moteurs), possède plusieurs mémoires, réparties en trois étages. Premier étage : les mémoires sensorielles, visuelles et auditives, ne présentent pas d’application pédagogique particulière (sauf handicap sensoriel) car elles durent très peu de temps, respectivement 50 millième de seconde et deux secondes et demie. Deuxième étage : les mémoires symboliques — lexicales et imagées – qui se construisent au cours des apprentissages CP, CE1. Par exemple, la mémoire phonétique, qui perçoit uniquement les phonèmes, prend le relais de la mémoire auditive et le cerveau va fabriquer des objets mentaux qu’on appelle les phonèmes, les syllabes, les lettres. La mémoire lexicale fait la synthèse entre ce qu’envoient la mémoire graphique et la mémoire phonétique en stockant la morphologie des mots. Tout cela en 120 millièmes de secondes ! Troisième étage : la mémoire la plus abstraite, sémantique, celle du sens. Plus le temps s’écoule, plus on perd la carrosserie des mots pour ne retenir que le sens. Qu’est-ce que cela induit en terme de méthode d’apprentissage ? Avec plusieurs mémoires, il ne peut pas y avoir une seule méthode. Pour la mémoire lexicale c’est la bonne vieille méthode de faire lire des livres, de répéter car c’est par la répétition que les neurones se connectent. Après, il faut passer par la sémantique, le sens. On peut utiliser des bandes dessinées, des illustrations imagées. Accéder à l’abstraction implique d’aborder plusieurs facettes de sens. Par exemple, pour savoir ce qu’est le castor, l’enfant va regarder un petit documentaire, consulter internet, va aller dans un zoo : autant d’épisodes qui vont lui permettre d’abstraire le concept de castor et de l’inscrire dans sa mémoire sémantique. C’est ce que j’appelle l’apprentissage multi-épisodique. Avant 68, on valorisait l’apprentissage par coeur. Après 68, la priorité était de comprendre pour apprendre. En fait il faut impérativement les deux. Il faut tout utiliser, en apportant le plus de connaissances possibles… Complètement. D’autant qu’il y a un quatrième étage, celui de la mémoire à court terme ou de travail, une mémoire vide dont le rôle est de récupérer mots, images, idées, des autres mémoires et de les assembler. Ainsi plus on aura de connaissances, plus facilement on va mémoriser. D’où l’importance d’un environnement enrichi et complexe. Au lieu du simple cours, on peut faire une sortie dans la nature, voir sous un microscope, chercher sur internet, puis les élèves font des synthèses par petits groupes, aidés par le professeur. Les élèves doivent être le plus possible en contact avec la réalité des choses, avec l’expérience et être stimulés au maximum, sans surmenage, surtout quand ils ont des environnements pauvres. Enrichir, c’est faire des programmes moins surchargés mais tous azimuts. Parce que si on s’entraîne au calcul, on va être bon en calcul, mais on ne va pas être meilleur en français, ni dans d’autres domaines, trop délaissés comme la physique, les activités spatiales…

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