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Anticiper la mise en oeuvre, des témoignages

Une classe à préparer, l’art de l’anticipation

mardi 19 décembre 2006, par classedu

- Pourquoi les formateurs n’ont-ils pas un discours unifié ? L’expérience et les cadres théoriques différent d’un formateur à un autre. Il n’y a pas eu de réflexion collective sur ce sujet. Les strates successives de programmes ont engendré des confusions théoriques préjudiciables aux PE2. De plus, la façon dont on leur demande de préparer la classe est souvent inopérante pour eux, parce qu’on se base sur l’idée que le travail des élèves va s’organiser selon le travail de l’enseignant. On oublie, paradoxalement, ce qui peut se passer en classe, les vrais problèmes étant liés à la mise en œuvre. Pourquoi le discours des enseignants dans les écoles est- il souvent en contradiction avec celui des formateurs ?
- En formation, le modèle dominant consiste à définir les opérations par lesquelles on doit passer pour atteindre un objectif, en ciblant des critères de réussite. Les enseignants expérimentés ont construit une façon de préparer la classe très fonctionnelle car tournée vers l’action, même s’ils écrivent peu. Ils ne sont pas dans le déclaratif ! Quels conseils donnez-vous aux PE2 ? Les modèles théoriques passent à côté de l’essentiel, c’est à dire les dispositifs spatiaux, matériels, temporel, et humain.
- Mon conseil est de noter les consignes de mise au travail : comment rendre la tâche la plus claire possible, et d’anticiper le dispositif de mise en œuvre. Où se placer ? Quel matériel nécessaire est disponible ? Est-ce utile de faire des groupes de deux, de quatre ?

Lucie, PE2 dans la Manche et en stage filé sur une grande section CP, pense « au premier abord, à une question type du concours ». Elle reconnaît écrire de plus en plus sur ses fiches de préparation. Pour se rassurer, savoir où elle va et aussi parce que « ce que tu n’écris pas tu le zappes ». Préparer, c’est structurer son travail mais aussi se structurer. « J’organise, je mets au clair », ajoute Lucie, « pour gagner en efficacité dans mes interventions ». Sabine, en stage filé sur un CP-CE1, dans les Landes, détaille aussi de plus en plus : elle anticipe les séances de classe, « plus le scénario est clair, plus j’aurai de chances de réussite... ». Pour elle, ces préparations détaillées, « toujours à portée de main », lui permettent d’être plus disponible pendant la séance de classe. En sachant où elle veut aller, en suivant son fil conducteur, elle peut davantage interagir avec les élèves, être à l’écoute pour les aider et elle peut aussi « observer des élèves en particulier ». « Cela permet également de gérer le temps, l’espace de la classe et le matériel... » précise Lucie mais aussi de gérer les traces écrites. Sacha, lui, est PE2 en Meurthe et Moselle. Son souci, c’est que ses préparations « puissent s’inscrire dans une progression par rapport aux Instructions Officielles ». A l’IUFM de Nancy, la mise en place d’ateliers de préparation par matières enseignées en stage filé lui apporte une « réponse personnalisée et (lui) donne des outils ». Sacha ajoute que « le but serait d’avoir des fiches qui puissent resservir », en construisant par exemple son modèle à partir de différents modèles existants et de ses besoins personnels. « Cela permettrait de gagner du temps pour aller à l’essentiel ». Sabine a reçu un formateur pour une première visite conseil. « Je ne pensais pas a fajre de bilan, suite à mes séances, et c’est le point qui est ressorti lors de cette visite » dit-elle. « Maintenant, j’essaierai de le faire, surtout pour mieux préparer mes prochaines séances en fonction des besoins, des programmes mais aussi des réalités de terrains... ». Avoir un retour sur ses préparations, les remanier, les ajuster à partir d’un bilan, pour la cohérence et la continuité des apprentissages. Pour eux, PE2 de Meurthe et Moselle, préparer sa classe est devenu une préoccupation de tous les jours. Jessica passe « beaucoup de temps à préparer une seule journée : toute ma semaine, le week-end », et Anne souffle « ça me prend un temps fou ! ». Que préparent-ils ? « On a tous à peu près les mêmes matières : histoire, géographie, géométrie,... ». Pour Olivier, « en cycle 3, c’est plus long », car s’ajoute le temps de correction. Pour Caroline « avec le double niveau, en plus du temps passé à choisir ce que je vais faire, il y a le temps à penser l’organisation ! » Ils utilisent les manuels qui sont dans l’école, mais certains sont hors programme. Alors, il faut aller chercher ailleurs. Le CRD comme centre ressource, et « les cours ciblés sur le cycle 3, ça aide beaucoup », même si « ça a un goût de pas assez ». Caroline va chercher des idées sur Internet. « Certes, c’est hétéroclite : il faut faire le tri et on perd plus de temps ! ». Pourtant Olivier, qui n’a pas encore d’ordinateur, aimerait bien en bénéficier. Il est prévenu : outre le haut débit et une bonne imprimante... « il faut surtout beaucoup de temps pour faire ses propres montages, parce que les photocopies sont comptées à l’école ! » Que demandent les formateurs ? " Le cahier journal, et deux prépas par jour de classe » dit Lorène. « C’est flou, ça dépend des besoins » d’après Anne. Pour Caroline, le plus difficile « ce sont les progressions, j’ai du mal à me projeter ». L’impression générale est qu’on leur demande de faire des choses qu’ils n’ont pas apprises », et si ce n’est pas très confortable, à la troisième mouture de ses fiches de prép, Anne pense que « ça fait évoluer, une fiche toute prête ne m’aurait pas convenue ! ». Chacun se construit ses propres outils, dans la complexité du métier, les tâtonnements de débutant, les incohérences apparentes (« tous les formateurs ne sont pas d’accord »), la diversité des situations (« Moi, ma directrice m’a donné une progression », « les visites de formateurs n’ont pas toutes la même qualité ») Tous constatent déjà une évolution : « Je passe moins de temps sur certaines choses pour m’intéresser à d’autres. Je sais mieux comment gérer mes groupes, et j’ai plus de temps pour la réflexion didactique » dit Anne. Tous ont envie de réussir leur classe dès maintenant, mais aussi le désir de devenir, par la suite, de bons professionnels !

P.-S.

Témoignages extraits du bulletin d’accueil à l’IUFM du Snuipp

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