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Gérer les devoirs

lundi 25 janvier 2010, par classedu

La circulaire de 1956, qui stipule que le travail donné à la maison ne doit pas comporter de devoirs écrits, n’est pas appliquée dans les écoles primaires. Une enquête de Florent Begoc en 2002 a montré que 55 % des enseignants du primaire donnent des devoirs écrits. La forme du travail demandé à la maison évolue au fil des classes. La lecture, majoritaire en CP, est complétée dès le CE1 par des tâches écrites qui se diversifient en CE2 (opérations, grammaire, vocabulaire). Cette évolution aboutit en CM2 à des travaux écrits dont la réalisation ne se fait plus du jour au lendemain mais sur un laps de temps plus long comme les rédactions écrites, les exposés… pour préparer l’entrée en sixième. La typologie des devoirs la plus usitée en distingue 4 types. Les devoirs d’entraînement qui renforcent les acquisitions, les plus fréquemment donnés par les enseignants, ceux de préparation qui sont propédeutiques à la prochaine séance d’apprentissage en classe, ceux de prolongement qui réutilisent des concepts dans d’autres situations que celles vues en classe et enfin ceux dits de créativité qui relèvent davantage de l’analyse. Le temps qu’y consacrent les élèves varie énormément. En CP, les plus rapides travaillent quotidiennement 12 minutes tandis que les plus lents mettent 27 minutes à faire leurs devoirs. En CM2, cette fourchette varie de 22 à 45 minutes selon une étude de 1995. L’impact sur la motivation des élèves est remis en question par une étude québécoise de 1997, pour 72 % des enfants, les devoirs font moins aimer l’école. De son côté, l’enquête conduite par Florent Begoc montre que si les élèves ne sont pas contre le travail à la maison, seulement 16 % sont capables de donner du sens aux devoirs en primaire.

Les formes d’aides aux devoirs sont multiples. Pourtant sur les 4 millions d’élèves d’élémentaire, peu en bénéficient alors que les dispositifs sont généralement ciblés dans des quartiers dits « défavorisés ». Ainsi, les villes organisent et financent l’accompagnement des élèves au sein de locaux scolaires ou associatifs par des intervenants d’associations, étudiants, personnels des collectivités territoriales. Certaines actions se limitent à la réalisation aidée des leçons et devoirs. D’autres plus innovantes comme les Coups de pouce Clé ciblent un accompagnement après l’école de certains enfants de CP et de leurs parents. En 2007-2008, plus de 9 000 enfants ont été concernés dans 241 communes. Dernier arrivé, le dispositif d’accompagnement éducatif dépend, lui, de l’éducation nationale. Il offre un volet « aide au travail scolaire » (62% des heures) mais ne concerne pour l’heure que l’éducation prioritaire. Au total, 147 014 élèves en élémentaire en ont bénéficié, soit 26,9 % des élèves en RAR et 24 % des élèves en RRS (Réseau réussite scolaire).

Une affaire de l’école Pour Dominique Glasman, les équipes pédagogiques, comme les dispositifs de formation, doivent se saisir des questions posées par les devoirs à la maison. Le travail à la maison, un enjeu pédagogique majeur ? Tout apprentissage suppose un temps d’appropriation et d’exercices pour pouvoir intégrer ce qui a été enseigné. Quelle que soit l’activité envisagée, apprentissage scolaire, langue vivante, ski, musique, échecs… l’entraînement et la mémorisation demandent sans doute une part d’exercice solitaire. C’est l’objet des devoirs à la maison et la question est de savoir si les élèves sont bien préparés et aidés par les enseignants pour savoir comment s’y prendre. C’est peut-être ce qui est insuffisamment travaillé collectivement, dans les écoles d’une part, dans la formation des enseignants d’autre part. Je ne suis pas sûr que dans les IUFM (comme avant dans les écoles normales) on attache assez d’importance aux questions suivantes : Quel travail à faire à la maison donne-t-on aux élèves ? Pourquoi ? Qu’estce qui est important dans ce travail ? Que fait-on pour mettre les élèves en capacité de réaliser le travail demandé ? Comment analysez-vous cette question aujourd’hui ? Apartir du moment où l’on donne du travail aux élèves, tout se passe comme si c’était le travail de la maison, donc des parents, et pas des enseignants. Des équipes s’en saisissent, avec l’idée que tous les élèves ne sont pas en mesure de le faire, en particulier les élèves de milieu populaire. Elles cherchent des solutions pour aider les élèves, soit en leur apprenant vraiment à faire leurs devoirs, à regarder le cahier de textes, à lire l’énoncé… soit en se préoccupant de donner des consignes claires et lisibles par tous. Mais ce n’est sans doute pas assez fréquent ni encouragé par l’institution. A quelles tensions sont soumis les enseignants ? Al’école primaire on n’est pas censé donner de travail écrit, ou alors un tout petit peu dans les grandes classes, mais on peut donner des leçons. Or on s’aperçoit que dès les petites classes les enfants ont du travail à faire, en quantité non négligeable. Les tensions sont là : d’un côté la nécessité d’une période d’appropriation personnelle des apprentissages, l’opinion des parents sur le sérieux du travail de l’enseignant qui donne des devoirs ; d’un autre côté « on ne devrait pas ! ». La circulaire de 1956 réitérée de nombreuses fois l’interdit, et de plus tous les enseignants savent bien qu’après 6 heures de classe peu d’élèves sont encore disponibles. Mais la balance finit toujours par pencher vers les devoirs… Quelles pistes pensez-vous utile de privilégier  ? Certains pensent qu’il ne faut pas donner les mêmes devoirs à tous les élèves. Pour certains seulement 2 exercices suffiront, soit parce qu’ils ont parfaitement compris, soit parce qu’ils ont des difficultés et alors réussir convenablement ces 2 exercices sera positif, sans qu’ils s’escriment sur les 5 ou 6 énoncés donnés à leurs camarades. Il serait intéressant de présenter en classe des exemples du travail à la maison. Qu’y at- il exactement à faire ? Une fois la consigne comprise, comment s’y prend-on ? Chacun, même lorsqu’il est adulte, se trouve face à cette difficulté devant une tâche à faire et ne sait pas forcément par où commencer. Certains élèves ont besoin qu’on leur apprenne à se mettre sur la voie et certains ont besoin qu’on les mette sur la voie, pas celle de la solution mais celle du départ, et qu’on leur apprenne à organiser leur propre travail dans la tête avant de l’organiser sur son cahier. Comment apprend-on une leçon ? Personne n’apprend de la même façon mais il existe plusieurs façons de faire pertinentes et efficaces : recopier, dire tout haut plusieurs fois, apprendre par petits bouts… On peut apprendre par coeur mais aussi au sens de la mémoire logique, apprendre un enchaînement, un raisonnement. Tout ceci n’est pas naturel, surtout si familialement on est loin de la culture de l’école. L’école doit-elle prendre en charge les devoirs ? D’une manière générale, quand on se saisit de la question des devoirs en disant que c’est une affaire de l’école et non pas quelque chose de laissé à l’espace familial, c’est une bonne chose. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien laisser à la maison, et en particulier ce serait dommage de ne pas garder une part des leçons pour installer cette préoccupation dans l’espace familial, pour permettre aux parents de voir ce qui se fait et aux élèves de travailler seuls. Les leçons créent un lien entre la maison et l’école, les devoirs c’est peut-être autre chose… Il y a nécessité d’un travail collectif dans les écoles et dans la formation des enseignants pour fournir aux élèves un moyen de faire leur travail.

P.-S.

10 CLEFS POUR REUSSIR SES DEVOIRS Que peut-être le rôle des parents et des accompagnants dans l’aide aux devoirs ? A Echirolles, cette question est au centre de nombreuses actions de formation. Parmi elles, un DVD édité par le Sceren de Grenoble et réalisé dans la REP sert d’échange avec les familles et les intervenants associatifs des quartiers. Celui-ci évoque 10 clés incontournables pour une aide aux devoirs efficace : un lieu habituel et agréable ; une heure ritualisée et disponible ; un temps préservé du bruit ; une personne qui vérifie ; un matériel disponible ; une durée limitée et définie avec l’enseignant ; une ambiance calme et détendue  ; un travail dont on parle ; des consignes clarifiée avant de commencer ; une aide pour expliquer ce qui est à apprendre.

(Source SNUIPP)

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