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L’oral : une pratique permanente et objet d’enseignement

mardi 3 novembre 2009, par classedu

Claudine Garcia Debanc évoque les gestes professionnels et les nombreuses approches à explorer pour un enseignement structuré de l’oral.

- Qu’est-ce que l’on entend par enseigner l’oral ?
- L’école a des exigences spécifiques qui nécessitent un apprentissage organisé de la langue orale, principalement dans deux directions  : participer de manière efficace à des interactions orales, que ce soit dans un travail de groupe ou en classe entière et prendre la parole en public de façon structurée, ce qui requiert un oral préparé. L’oral est à la fois une pratique permanente et un objet d’enseignement à part entière. Les élèves ont en effet à progresser vers une maîtrise de la langue, à construire des compétences linguistiques, à manier les usages du langage oral : raconter, décrire, expliquer, justifier, argumenter. Il est important aussi qu’ils distinguent la syntaxe de l’oral et celle de l’écrit.

- Pourquoi l’oral est-il une pratique peu aisée à mettre en oeuvre pour les enseignants ?
- Ceci tient d’abord aux conditions techniques et matérielles. Si l’écriture permet de faire travailler simultanément tous les élèves d’une classe, cela n’est pas possible pour la production orale qui nécessite des dispositifs particuliers, des effectifs réduits. Toutefois, il ne faut pas oublier que l’oral suppose aussi l’écoute. De plus, l’oral est un objet labile qui ne laisse pas de trace. Pour le conserver, il faudrait se doter de supports audio ou vidéo, ce qui est lourd à organiser. Tout en étant conscients que cette pratique est importante, les enseignants subissent aujourd’hui des pressions telles sur les contenus des programmes qu’ils mettent parfois au second plan son enseignement, qui demande du temps. On peut regretter aussi que cette dimension soit peut-être actuellement minorée dans les formations alors qu’elle requiert, au contraire, une posture précise de l’enseignant, des gestes professionnels.

- A propos des gestes professionnels, quels sont ils ?

- L’enseignant est conduit constamment à reformuler, ou à faire reformuler, les paroles des élèves pour les faire exister pour l’ensemble du groupe-classe, faire avancer la construction des connaissances, les rectifier ou les valider. Ceci constitue un élément important de l’expertise professionnelle. De plus, l’enseignant doit également avoir conscience du fait que sa propre parole sert aussi de référence pour la construction du langage de l’enfant, particulièrement à l’école maternelle. L’enseignement de l’oral est important de la maternelle au cycle III. En effet, un étayage explicite de l’enseignant dans ce domaine et abordant toutes les variétés de l’oral est utile, notamment pour les élèves qui sont le moins à l’aise avec le langage.

- Quelles peuvent être d’autres approches pour apprendre à manier l’oral ? Les situations de productions orales sont nombreuses : apprendre à reformuler un récit pour le raconter à une autre classe, apprendre à être rapporteur des résultats de son groupe de travail en sciences, ateliers théâtre pour travailler la diction, revue de presse hebdomadaire, présentation de livres pour les conseiller ou les déconseiller, lecture à haute voix, débat… Le visionnage de débats, l’écoute d’émissions de radio peuvent contribuer à l’éducation aux médias.

Les activités ritualisées, inscrites dans l’activité de la classe, ont l’avantage d’être sécurisantes pour les élèves qui n’auraient pas l’habitude de prendre la parole. On peut ainsi présenter la définition d’un mot polysémique antérieurement rencontré par la classe, lire un court extrait d’un livre qu’on a aimé, faire deviner la fonction d’un objet insolite, présenter les dix livres qu’on aimerait emporter dans une île déserte…Un temps bref mais régulier consacré à ce type d’activités permet de constater des progrès importants. Une autre difficulté, comment évaluer l’oral ? On pourrait imaginer que l’enseignant procède à des enregistrements, audio ou vidéo, qu’il corrigerait comme le travail écrit des cahiers. Mais ceci est assez utopique et lourd à mettre en oeuvre. De façon plus opératoire, il faut pouvoir évaluer dans le cours de l’action, comme en EPS. On peut élaborer des critères d’évaluation qui seront utilisés conjointement par le maître et par les élèves. Les élèves gagnent ainsi la capacité à analyser leur propre activité. Lorsqu’on procède ainsi en lecture à haute voix ou pour la diction de textes poétiques ou encore pour une présentation de livres, les élèves sont rassurés : ils savent que ce qui sera évalué, c’est leur prestation orale et non pas leur personne. Car l’évaluation de l’oral peut être éprouvante. Et, fort heureusement, toutes les situations orales mises en place ne nécessitent pas une évaluation systématique.

Voir en ligne : Extraits d’article de FSC du Snuipp à consulter ici

P.-S.

ClassEdu.com, 2009/édité par eduactive.info

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